ENVOI DES ' FEUILLES D'AUTOMNE
Ce livre errant (jui va laile brisée, Et que le vent jette à votre croisée Comme un grêlon à tous les murs cogné,
Hélas ! il sort des tempêtes publiques.
Le froid, la pluie, et mille éclairs obli(jues
L'ont assailli, le pauvre nouveau-né.
Il est puni d'avoir fui ma demeure.
Après avoir chanté, voici qu'il pleure ; Voici qu'il boite après avoir plané !
En attendant que le vent le remporte.
Ouvrez, Marie, ouvrez-lui votre porte. Raccommodez ses vers estropiés !
Dans votre alcôve à tous les vents bien close, Pour un instant souftrez qu'il se repose, Qu'il se réchauffe au feu de vos trépieds.
Qu'à vos côtés, à votre ombre, il se couche, Oiseau plumé, (pii, frileux et farouche. Tremble et palpite, abrité sous vos pieds !
IS janvier 1S:12.
Anacréon, poêle aux ondes erotiques
Qui filtres du sommet des sagesses antiques,
Et qu'on trouve à mi-eùlo alors qu'on y gravit.
Clair, à l'ombre, épandu sur l'herbe qui revit.
Tu me plais, doux poëte au flot calme et lim|)ide !
Quand le sentier qui monte aux cimes est rapide,
Bien sojivenl, faligués du soleil, nous aimons
Boire au petit iiiissean lamisé par les monts.
août 18:13.
L'auiore s'allunK', L'onil)r(' épaisse liiil ; Le rêve el la hriiiue Vont où va la nuit ; Paupières et roses S'ouvrent demi-closes ; Du réveil des choses On entend le lniiil.
Tout chante et murmure, Tout parle à la fois, Fumée et verdure.
Les nids et les toits ; Le vent parle aux chênes, L'eau parle aux fontaines ; Toutes les haleines Deviennent des voix.
Tout reprend son âme, L'enfant son hochet.
Le foyer sa flamme, Le luth son archet ; Folie ou démence, Dans le monde immense, Chacun recommence Ce (ju'il ébauchait.
Qu'on pense uu qu on aime.
Sans cesse agité, Vers un but suprême, Tout vole emporté :
L'esquif cherche un môle.
L'abeille un vieux saule, La boussole un pôle.
Moi la vérité.
L'AUliOlU-: S'ALLUME I15
Vérilc profonde ! Granit éprouvé Qu'au fond de loul onde Mon ancre a trouvé !
De ee monde sombre, Où passent dans l'ombre Des songes sans noml)re, Plafond et pavé !
Vérité, beau fleuVe Que rien ne la rit!
Source où tout s'abreuve.
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose Près (!'■ Idule cause !
Clarté que la chose Envoie à l'esprit !
Arbre à rude écorce, Chêne au vaste fr-onl, Que selon sa force L'homme ploie ou rompt ; D'où l'ombre s'épanche ;
ne LES CHANTS DU CRÉPUSCULE
Où chacun se penche, L'un sur une branche, L'autre sur le tronc !
Mont d'où tout ruisselle !
Gouffre où tout s'en va !
Sublime étincelle Que fait Jéhovah !
Rayon qu'on blasphème !
Œil calme et suprême Qu'au Iront de Dieu même L'homme un jour creva !
0 terre ! ù merveilles Dont l'éclat joyeux Emplit nos oreilles.
Éblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague, Bois qu'un souflle élague, De l'horizon vaffue Plis mystérieux !
L'AURORE S'ALLUME w
Azur dont se voile L'eau du gouffre amer, Quand, laissant ma voile Fuir au gré de l'air, Penché sur la lame, .lécoute avec l'âme Cet épithalame Que chante la mer !
Azur non moins tendre Du ciel qui sourit, Quand, tâchant d'entendre Ce que dit l'esprit, Je cherche, o nature, La parole obscure Que le vent murmure, Que l'étoile écrit!
Création pure !
Être universel !
Océan, ceinture De tout sous le ciel !
Astres que fait naître Le souffle du maître, Fleurs où Dieu peut-être Cueille quelque miel !
0 champs ! o feuillages !
Monde fraternel !
us LES CHAiNTS DU CRÉPUSCULK
Clocher des villages Humble et solennel !
Mont (jui poi'tes l'aire !
Aube Iraîche et claire, Sourire éphémère De l'astre éternel !
N'êtes-vous qu'un livre Sans fin ni milieu.
Où chacun pour vivre Cherche à lire un peu?
Phrase si profontle Qu'en vain on la sonde !
L'œil y voit un monde, L'àme v trouve un Dieu.
Beau livre qu'achèvent Les cœurs ingénus ; Où les penseurs rêvent Des sens inconnus ; Où ceux que Dieu charge D'un front vaste et large Écrivent en marge :
Nous sommes venus !
Saint livre où la voile Oui llolle en tous lieux, Saint livre où l'étoile Oui ravonno aux veux.
L'AURORE S'ALLUME un
Ne trace, ô mystère !
Qu'un nom solitaire, Qu'un nom sur la terre, Qu'nn nom dans les cieux !