‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 9 sur 90 · ENVOI DES ' FEUILLES D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

ENVOI DES ' FEUILLES D'AUTOMNE

Ce livre errant (jui va laile brisée, Et que le vent jette à votre croisée Comme un grêlon à tous les murs cogné,

Hélas ! il sort des tempêtes publiques.

Le froid, la pluie, et mille éclairs obli(jues

L'ont assailli, le pauvre nouveau-né.

Il est puni d'avoir fui ma demeure.

Après avoir chanté, voici qu'il pleure ; Voici qu'il boite après avoir plané !

En attendant que le vent le remporte.

Ouvrez, Marie, ouvrez-lui votre porte. Raccommodez ses vers estropiés !

Dans votre alcôve à tous les vents bien close, Pour un instant souftrez qu'il se repose, Qu'il se réchauffe au feu de vos trépieds.

Qu'à vos côtés, à votre ombre, il se couche, Oiseau plumé, (pii, frileux et farouche. Tremble et palpite, abrité sous vos pieds !

IS janvier 1S:12.

Anacréon, poêle aux ondes erotiques

Qui filtres du sommet des sagesses antiques,

Et qu'on trouve à mi-eùlo alors qu'on y gravit.

Clair, à l'ombre, épandu sur l'herbe qui revit.

Tu me plais, doux poëte au flot calme et lim|)ide !

Quand le sentier qui monte aux cimes est rapide,

Bien sojivenl, faligués du soleil, nous aimons

Boire au petit iiiissean lamisé par les monts.

août 18:13.

L'auiore s'allunK', L'onil)r(' épaisse liiil ; Le rêve el la hriiiue Vont où va la nuit ; Paupières et roses S'ouvrent demi-closes ; Du réveil des choses On entend le lniiil.

Tout chante et murmure, Tout parle à la fois, Fumée et verdure.

Les nids et les toits ; Le vent parle aux chênes, L'eau parle aux fontaines ; Toutes les haleines Deviennent des voix.

Tout reprend son âme, L'enfant son hochet.

Le foyer sa flamme, Le luth son archet ; Folie ou démence, Dans le monde immense, Chacun recommence Ce (ju'il ébauchait.

Qu'on pense uu qu on aime.

Sans cesse agité, Vers un but suprême, Tout vole emporté :

L'esquif cherche un môle.

L'abeille un vieux saule, La boussole un pôle.

Moi la vérité.

L'AUliOlU-: S'ALLUME I15

Vérilc profonde ! Granit éprouvé Qu'au fond de loul onde Mon ancre a trouvé !

De ee monde sombre, Où passent dans l'ombre Des songes sans noml)re, Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuVe Que rien ne la rit!

Source où tout s'abreuve.

Tige où tout fleurit !

Lampe que Dieu pose Près (!'■ Idule cause !

Clarté que la chose Envoie à l'esprit !

Arbre à rude écorce, Chêne au vaste fr-onl, Que selon sa force L'homme ploie ou rompt ; D'où l'ombre s'épanche ;

ne LES CHANTS DU CRÉPUSCULE

Où chacun se penche, L'un sur une branche, L'autre sur le tronc !

Mont d'où tout ruisselle !

Gouffre où tout s'en va !

Sublime étincelle Que fait Jéhovah !

Rayon qu'on blasphème !

Œil calme et suprême Qu'au Iront de Dieu même L'homme un jour creva !

0 terre ! ù merveilles Dont l'éclat joyeux Emplit nos oreilles.

Éblouit nos yeux !

Bords où meurt la vague, Bois qu'un souflle élague, De l'horizon vaffue Plis mystérieux !

L'AURORE S'ALLUME w

Azur dont se voile L'eau du gouffre amer, Quand, laissant ma voile Fuir au gré de l'air, Penché sur la lame, .lécoute avec l'âme Cet épithalame Que chante la mer !

Azur non moins tendre Du ciel qui sourit, Quand, tâchant d'entendre Ce que dit l'esprit, Je cherche, o nature, La parole obscure Que le vent murmure, Que l'étoile écrit!

Création pure !

Être universel !

Océan, ceinture De tout sous le ciel !

Astres que fait naître Le souffle du maître, Fleurs où Dieu peut-être Cueille quelque miel !

0 champs ! o feuillages !

Monde fraternel !

us LES CHAiNTS DU CRÉPUSCULK

Clocher des villages Humble et solennel !

Mont (jui poi'tes l'aire !

Aube Iraîche et claire, Sourire éphémère De l'astre éternel !

N'êtes-vous qu'un livre Sans fin ni milieu.

Où chacun pour vivre Cherche à lire un peu?

Phrase si profontle Qu'en vain on la sonde !

L'œil y voit un monde, L'àme v trouve un Dieu.

Beau livre qu'achèvent Les cœurs ingénus ; Où les penseurs rêvent Des sens inconnus ; Où ceux que Dieu charge D'un front vaste et large Écrivent en marge :

Nous sommes venus !

Saint livre où la voile Oui llolle en tous lieux, Saint livre où l'étoile Oui ravonno aux veux.

L'AURORE S'ALLUME un

Ne trace, ô mystère !

Qu'un nom solitaire, Qu'un nom sur la terre, Qu'nn nom dans les cieux !

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