LE JARDIN DES BAMBOUS
Ma case est entourée de touffes de bambous, L'intérieur est rempli de vieux livres.
Quelle joie de s'y reposer à la fraîcheur de
[l'ombre !
Quel repos d'y lire les auvres des sages!
Je me souviens d'un joli pêcheur, Qui aimait à jouer du dan tous les soirs.
Dans le jour monté sur son sanpan, Il parcourait le lac et le fleuve, Et tendait ses filets en chantant.
Je suis fille et je suis seule,
J'écris des lettres et ne puis les donner à
[personne; Mon cœur est plein des choses les plus douces, Je ne puis les dire qu'aux bambous du jardin. Je me tiens tout le jour derrière la natte de
[la porte,
Regardant au dehors Tombre des gens qui [passent.
Un beau garçon jadis promit de m'épouser, Mais il partit, me laissant seule Comme un sanpan au milieu du fleuve, Désemparé et sans rameur.
Je vois autour de moi les fleurs de cinq cou-
[leurs, S'épanouir et jeter leur parfum à la brise, Les palais des grands sont brillants.
Les montagnes sont couvertes de verdure, La nature entière est parée et joyeuse.
Mais cela ne durera pas toujours.
Viendra le temps d'hiver, le temps du mal-
[heur, Les fleurs seront flétries, les palais ruinés. Les montagnes dénudées et tout deviendra
(triste.
La joie et la beauté sont de courte durée, La jeunesse n'est pas éternelle.