‹ Les chants et les traditions populaires des AnnamitesChapitre 52 sur 71 · LES LAMENTATIONS DES FEMMES · texte numérisé non relu

LES LAMENTATIONS DES FEMMES

De sinistres présages s'étaient manifestés :

La comète, le tremblement de terre, le nuage

muraille; Les peuples étaient dans Tanxiété la plus

[grande, Et s'attendaient à toutes les calamités.

Un jour des étrangers envahirent le royaume, Malgré les efforts de nos mandarins.

L'épouvante se répand jusque dans les chau-

[mières.

On imagine des stratagèmes inutiles, hélas !

Les efforts même de Tu Duc sont impuissants; Il construit une barricade sur le fleuve Rouge, Mais ces français maudits sont des diables

[sorciefs; Voici le vaisseau de feu, voici les canons, La barricade est anéantie et s'effondre sous

[les eaux.

Les femmes, les vieillards sont muets de

[terreur ; On voit des parents abandonner leurs enfants, Des serviteurs fuir la maison du maître.

Qui nous vaut donc, ô ciel, cet excès de

[malheur?

Par qui nos maisons seront-elles gardées?

Les foyers sont éteints, les biens anéantis, Chacun ne peut songer qu'à sa propre sau-

[vegarde.

Les poissons de la mer se réfugient dans les

[ruisseaux.

Les habitants de la capitale se réfugient dans

[les villages.

Vêtus d'habits en lambeaux, comme des

[mendiants, Ils se cachent, espérant que plus tard.

Il leur sera permis de reparaître à la ville. Les soldats français ont des mœurs mauvaises, Ils ne songent nuit et jour qu'à poursuivre

[les femmes.

Le 8 du 3e mois, la citadelle est prise; Et devant cette honte et dans son désespoir, Le gouverneur se tue près du temple royal.

Confiant dans la bravoure et la valeur des

[nôtres.

Il comptait sur la victoire et non sur un dé-

[sastre.

L'ennemi pénétra par la porte de l'Ouest. Pillant les magasins et les greniers du roi.

Généraux, officiers, guerriers, porte-éten-

[dards, Qu'avez-vous fait de votre courage?

On vous vit lâchement vous enfuir sans

[combattre ; Les dents serrées, Tàme prête à s'envoler de

[terreur.

Comme des poules chassées par une meute

[de chiens.

Tellement affolés, tellement éperdus, Que vous abandonnâtes, pour vous enfuir

[plus vite, Vos sabres, vos fusils et jusqu'à vos chapeaux! Vous avez mérité d'être accusés devant le

[trône !

Oserez-vous jamais monter de nouveau en

[palanquin?

Branlant la tête et la langue pendante.

Les mandarins civils disaient» tout est perdu, Il nous faut réclamer l'aide des drapeaux

[noirs » !

Les français ont pillé le trésor provincial.

Et jeté dans le fleuve le Génie Bà Chiia.

Ha-Noï et Son-Tay sont aux mains des vain-

[queurs.

l30 CHANTS CONTRE LES FRANÇAIS

Il ne nous reste plus d'espoir qu'en Bac Ninh, Efforcez-vous, soldats, de nous la conserver. Que deviendrions-nous, si vous la laissiez

[prendre? Résistez, combattez jusqu'à la mort, Et coupez toutes les têtes blondes.

Malheur! Bac Ninh d'abord vaillamment dé-

[fendu.

Vient de succomber par la faute des Chinois.

Honte sur nous ! Voici les filles de l'Annam Qui quittent la chaumière pour suivre les

[français !

Comme des chiennes, comme des bêtes

[immondes, Dans l'espoir de manger tout leur saoul sans

[rien faire !

Lorsqu'elles sont repues, insouciantes elles

[jouent.

Puis elles vendent leur corps par amour pour

[les piastres.

Honte, honte sur nous! elles disent qu'après

[la guerre.

Elles reviendront vivre parmi nous au village !

L'ANNÉE QUI RAU (iSjS)

De sinistres présages ont apparu dans le Ciel, Les savants en ont donné la triste explication. Ce que le ciel décide ne saurait être évité, Les Français deviendront les maîtres de

TAnnam.

Depuis longtemps déjà ils ont la Cochinchine, Ils convoitent maintenant le reste du ro-

(yaume.

Souvenez-vous toujours de Tannée Qui Rau, On vit les bateaux français s'avancer dans le

fleuve, Et y stationner jusqu'à Thiver.

En moins d'une heure ils s'emparèrent de la

[citadelle; Les mandarins fuyaient de tous côtés.

Seul Nguyen ne voulut pas fuir, Et attendit, impassible, le sort que lui en-

[ voyait le Ciel \

I. Nguyen-Tri-Phu'o'ng, ancien adversaire des français à Saigon, envoyé par le roi à Hanoi" pour organiser la résistance. Il resta dans la citadelle, fut blessé d'un coup de feu à la jambe; fait prisonnier il se laissa mourir de faim.

l32 CHANTS CONTRE LES FRANÇAIS

Un autre héros, depuis longtemps renommé,

Est également vaincu par les français,

C'est le valeureux Lu'u-vinh-Phuoé.

Ses officiers avaient fortifié le pont de Canh '

Et massé les troupes de drapeaux noirs.

Autour de la pagode Thu'o'ng An,

Et dans les villages environnants.

Le combat s'engagea sur le grand chemin,

Les obus des français éclataient avec fracas,

Au milieu des drapeaux noirs abrités dans

[Phu Hoai.

Les armes des F'rançais sont redoutables.

Un coup de leurs fusils tue vingt de nos soldats; Mais soudain le combat tourne à notre

[avantage.

Les drapeaux Noirs ont tué le capitaine

[ennemi ^, Les soldats sont en fuite, ils vont abandon-

[ner la ville Et le roi leur propose une paix qu'ils acceptent. Mais voilà que les lettrés, turbulents se

réunissent, Et dévastent les villages des chrétiens ; Brûlant les maisons, tuant les gens qu'ils

[accusent

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