‹ Les chants et les traditions populaires des AnnamitesChapitre 65 sur 71 · DU MARCHÉ · texte numérisé non relu

DU MARCHÉ

Quatre aveugles un jour se réunirent pour manger à frais communs un ragoût de poissons Chêp, mais n'ayant pas de cuisinier pour le faire cuire et de domestique pour écarter les arêtes, ils étaient fort^embarrassés et ne savaient comment faire lorsque le gardien du marché, homme très malicieux, qui les écoutait, s'approcha et leur dit. Ne vous désolez pas, mes bons amis, je serai très heureux de vous rendre service; si vous voulez me donner l'argent nécessaire, j'achèterai les poissons avec tout ce qu'il faut pour faire la sauce, je les ferai cuire et vous les ferai manger.

Les aveugles, joyeux, vidèrent leur escarcelle et remirent au gardien environ quatre ligatures de sapèques.

Quand le mets fut préparé, le malicieux

gardien fit ranger les aveugles autour de lui et leur dit : « Attention ! Je vais vous donner à chacun et à tour de rôle une bouchée de ragoût. » Tous baillèrent à la fois, mais le rusé connpère, pour une bouchée qu'il donnait en prenait quatre pour lui. Quand ce fut fini, le gardien sortit et les aveugles restés seuls s'entretinrent de la saveur du poisson, de l'excellence de la sauce, chacun regrettant de n'avoir pu en manger suffisamment et accusant son voisin d'avoir eu la plus grosse part.

L'un d'entre eux, plus avisé leur dit: «J'ai entendu les bâtonnets battre quarante fois l'écuelle et je n'ai mangé que quatre bouchées de poisson. » Moi, dit le second « je n'en ai eu que trois. » Le quatrième, questionné, déclara avoir reçu cinq bouchées et le cinquième aussi.

Les aveugles, découvrant alors la supercherie résolurent de se venger du gardien et imaginèrent, à cet effet, le stratagème suivant.

Ils le firent demander et le prièrent de leur acheter quatre solides bambous pour remplacer leurs bâtons usés.

Quand le gardien apporta les bâtons et

les leur remit, le premier aveugle le saisit par le bras et voulut le frapper, mais le gardien se dégageant prestement poussa l'aveugle vers un de ses collègues qui reçut le cpup de bâton ; celui-ci riposta et, croyant aussi taper sur le gardien, asséna de vigoureux coups de bâton sur la tête de ses camarades qui se défendirent et la bataille devint générale. Pendant ce temps le gardien courait tout à l'entour en criant « grâce grâce, pardonnez-moi mes bons amis, je ne le ferai plus. » Il finit par les abandonner et tous les aveugles demeurèrent roués de coups et meurtris.

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