LE ROCHER DE VONG PHU
Autrefois, près de Lang Son vivait une jeune fille, nommée Tô-Thi qui, sans cesse et sans motifs, était en butte aux brutalités de ses parents. Un jour qu'elle avait mécontenté son frère, celui-ci s'empara d'un maillet et lui en asséna un coup terrible sur la tête. La pauvre fille, à demi assommée, alla se plaindre à son père et à sa mère qui, loin de lui rendre justice et de la consoler commandèrent au frère de la tuer.
Epouvantée, la pauvre To-Thi s'enfuit dans la montagne et ne revint plus.
Dix ans plus tard, la maison de ces parents dénaturés, située dans la vallée, fut emportée par une inondation, les buffles et les gens furent noyés; seul, le fils accroché à une épave, entraîné au loin, fut rejeté sain et sauf au pied d'une montagne qu'il gravit; ne connaissant pas cette contrée il
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chercha un abri et trouva la grotte de Tam Thanh. Il se disposait à y pénétrer pour se reposer des terribles émotions qu'il venait de subir quand il entendit [du bruit et vit sortir de la grotte une jeune fille, adorablement belle, qui se dirigea vers la forêt pour couper du bois.
Etonné de rencontrer un être humain dans cette solitude il la suivit et lui adressa la parole.
a Comment, lui dit-il, vous trouvez-vous ainsi sur cette montagne lointaine, dans ces forêts profondes? »
La jeune fille, surprise d'entendre une voix se retourna et sa figure trahit une tristesse extrême, elle ne répondit pas, il poursuivit :
({ Vous êtes seule et malheureuse, je suis hélas, seul et malheureux, ne croyez-vous pas que le Ciel nous a dirigés l'un vers l'autre pour que nous nous entr'aidions et nous consolions mutuellement dans ce désert? »
La jeune fille fondit en larmes.
« Vous dites vrai, je suis seule ici abandonnée sous le ciel, exposée au soleil et à la pluie, notre rencontre est miraculeuse, à deux nous supporterons mieux notre misé-
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rable condition, qu'il en soit comme vous le désirez.
Ils s'unirent et vécurent ensemble dans la grotte, lui, prenant du gibier et du poisson, elle, cherchant dans la forêt des fruits et des herbes comestibles et s'occupant des choses de rintérieur. Vainement, quand le soir ils reposaient côte à côte, il la pressait de lui raconter son histoire, elle se renfermait dans un silence obstiné et ne voulait lui dire ni le nom de son pays ni celui de ses parents.
Un jour que le mari peignait les cheveux de sa femme, il aperçut une longue cicatrice; surpris, il la questionna sur l'origine de cette blessure. Elle lui répondit en pleurant: « Il y a dix ans, mon frère me frappa à la tête d'un coup de maillet et je dus m'enfuir de la maison paternelle; je vous ai toujours caché mon nom de famille, je vais vous le dire aujourd'hui, mon père s'appelait Tô. »
Le mari, entendant cela, recula avec épouvante : il venait de reconnaître sa propre sœur. Plein d'horreur pour lui-même et honteux de l'inceste qu'il avait commis, il voulut cependant n'en rien dire à la pauvre femme, mais le lendemain il résolut tout à coup d'entreprendre un voyage sous un
prétexte quelconque, en recommandant à sa femme de l'attendre pendant six mois et il partit.
Tô-Thi attendit patiemment et au bout de six mois monta sur la montagne pour voir du côté du Nord si son mari n'allait pas revenir, elle ne l'aperçut pas; le lendemain elle y retourna, et ainsi de suite chaque jour pendant six autres mois. Hélas il ne revint jamais, et la pauvre Tô-Thi, les yeux desséchés à force d'avoir pleuré, finit par mourir de chagrin. Son corps fut changé en pierre :
c'est la pierre de Vong Phu, qui se dresse debout, au sommet de la montagne.