‹ Les chants et les traditions populaires des AnnamitesChapitre 69 sur 71 · LES TROIS SOUHAITS · texte numérisé non relu

LES TROIS SOUHAITS

Autrefois vivait dans le pays des Châu un homme fort riche, mais excessivement enclin au plaisir des sens.

Ayant appris qu'il y avait non loin de chez lui un génie très puissant, il vendit tout son bien pour la somme de dix mille ligatures et porta le tout à la pagode de ce génie, en le priant de lui accorder en échange la réalisation de trois souhaits à son choix.

Le génie y consentit, lui remit trois baguettes d'encens et lui recommanda d'en brûler une chaque fois qu'il formulerait un souhait.

Il s'en retournait plein de joie du succès de sa démarche et songeait à ce qu'il pourrait bien demander d'extraordinaire pour assouvir la soif de libertinage, lorsque tout à coup il aperçut un cortège venant de son côté, c'était un mariage.

L'épousée était entourée d'un groupe de jeunes filles si jolies, si fraîches, que notre homme sentit s'éveiller en lui un monde dé désir : il voulut en choisir une, mais, en les examinant, il découvrit dans chacune d'elles des perfections telles, qu'il se prit à les désirer toutes également et ne put se résoudre à faire un choix.

Comme il ne pouvait les posséder toutes à la fois sa passion s'exaspérait et il était fort malheureux, quand il se souvînt des des baguettes d'encens; il en saisit une, la fit brûler et souhaita de pouvoir posséder toutes ces filles à la fois.

Son souhait ne tarda pas à se réaliser, il ressentît sur tout son corps une impression étrange, et s'aperçut avec épouvante que les attributs du sexe masculin s'étaient multipliés sur sa personne et avaient même envahi sa figure.

Objet d'horreur pour lui-même, il s'empressa de brûler une autre baguette en en s'écriant : « Que tous ces organes disparaissent! » Ils disparurent tous, en effet, et il resta eunuque.

Il en fut d'abord enchanté, tant avait été grand son désespoir, mais réfléchissant que,

malgré la santé, malgré la richesse, Thomme dans cet état n'est qu'un être misérable et incomplet, il brûla la dernière baguette pour reconquérir ce qu'il avait si sottement perdu.

LE DRAGON DE DINH THIÊN HOANG

Un chinois géomancien, venu en Annam pour exercer son art, découvrit, dans un lac profond, un dragon d'or qu'à de certains indices il reconnut pour être doué d'une puissance supérieure à celle de tous les autres dragons.

On sait que les dragons sont les dispensateurs de la puissance et du bonheur en ce monde. Quand un homme parvient à placer les ossements de son père dans la gueule d'un pareil dragon, il est sûr de devenir roi. Notre chinois ne l'ignorait pas, mais comme il ne savait pas nager, il fit un paquet des os de son père et chercha dans la contrée un habile plongeur qui consentit à descendre au fond du lac et à placer ce paquet dans la gueule du dragon; il promettait un lingot d'argent en cas de réussite. .

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Le lac était profond, personne p'osait tenter l'aventure et le Chinois désespérait de l'entreprise lorsqu'un jeune homme, un jour, se présenta pour descendre au fond du lac; le Chinois accepta avec enthousiasme et offrit spontanément de doubler la somme promise; ils prirent rendez-vous pour le lendemain au bord du lac et le jeune homme retourna chez lui.

Ce plongeur était d'une habileté sans égale; fils d'une femme et d'une loutre, il participait des qualités amphibies de son père et pouvait impunément séjourner sous les eaux. Sa mère seule vivait encore et l'on conservait les ossements du père suspendus dans un coin de la case. Il prit ces ossements, les réduisit en poudre, les mélangea à du riz, en fit un gâteau et le lendemain, porteur de ce gâteau, il se présenta au Chinois en lui disant : « Peut-être l'expédition sera-t-elle longue et difficile, permettez-moi d'emporter des provisions.

Le Chinois, sans défiance, se prit à rire de cette précaution et remit au jeune homme le paquet qu'il avait préparé. Le jeune homme s'en saisit et plongea.

Quand il fut descendu au fond du lac, il

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se trouva en face du dragon d'or; celui-ci ouvrait une gueule formidable. Le jeune homme prit son temps et, regardant autour de lui, aperçut une pierre qu'il souleva et sous laquelle il mit le paquet du Chinois; puis, saisissant le gâteau dans lequel il avait introduit les os de son père, il le précipita dans la gueule du dragon qui se referma immédiatement.

Lorque le Chinois vit revenir le plongeur, il se réjouit et lui remit la somme convenue, puis, il rentra dans son pays, attendant les événements qui devaient le placer sur le trône. Il les attendrait encore s'il n'était pas mort depuis près de trois mille ans ; ce fut le jeune homme qui devint roi, il régna sous le nom de Dinh Thién Hoang. (Environ mille ans avant l'ère chrétienne.)

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