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MOYENS DE RESTAURATION

Il y en a deux : les théoriciens et les manuscrits.

Par théoriciens , il faut entendre ici ceux de l'antiquité et du moyen âge que les auteurs modernes ont voulu scruter et expliquer.

On a exprimé le regret que les Bénédictins de Solesmes aient négligé les théoriciens. Il y a mieux à faire, en elFet , que de citer à l'occasion des textes isolés en les commentant selon des idées préconçues. Si d'autres maîtres, tels que Lambillotte, Dechevrens et Houdard, leur ont fait une plus large place, leurs études en ce point laissent encore à désirer.

Tout d'abord il faudrait un texte pur des musicologues du moyen âge. Or ni l'édition de Migne, ni celle de Gerbert, ni même de Goussemaker ne nous donnent un texte pur et autiientique. Les Bénédictins auraient dû commencer par ce travail fondamental qu'eux, plus que d'autres, sont capables de mener à bien.

En second lieu, pour étudier ces théories et les comprendre, il est nécessaire de se faire un lexique, afin de fixer, d'après ces auteurs eux-mêmes, le vrai sens des mots. Autrement on s'expose à des erreurs multiples et l'on crée un jargon pédagogique de fantaisie, comme en offrent tant d'ouvrages sur le cliant grégorien. Mora vocis y est traduit par . retard de la voix; rationabilis , par raisonnable; ténor, par pause, etc. La confection de ce lexique doit se faire avec la science philologique du latin de cette époque, mais aussi avec la connaissance des théoriciens de l'antiquité et du moyen âge, qui dans leur enseignement musical, à défaut d'élégance, ont au moins l'avantage de la concordance. Ils se copient pour les idées et pour les mots qui gardent leur même signification. Enfin une troisième condition pour comprendre les théoriciens médiévaux, c'est de les lire sans système préconçu , avec le désir d'y appuyer ses idées. Leur point de vue n'est pas le nôtre, et ils dissertent le monocorde en mains. C'est cju'ils doivent faire l'échelle musicale, qui pour nous est un instrument bien établi. Remarquons ce qu'ils disent, n'allons pas plus vite, ni au delà, quelles que soient leurs longueurs, leurs explications enfantines pour nous, voire leurs histoires cocasses. Ce fatras apparent est du sable aurifère , fort riche à certains endroits ; et souvent leurs idées, très simples à première vue, ont des conséquences importantes.

Avec les théoriciens, il faut étudier les manuscrits. C'est un vaste terrain où ont travaillé dès la première heure des ouvriers dont il est juste de garder les noms : les Raillard, les Vincent, les Lambillotte, etc., mais où les Bénédictins ont pratiqué des fouilles très avancées et fécondes en résultats. Que ces résultats ne soient pas encore complets et définitifs, seuls s'en étonneront ceux qui n'ont pas l'idée de ces travaux. Toutefois, à rencontre de croyances mal fondées et de conclusions prématurées, il faut bien dire que la notation neumatique oll're encore en grand nombre des incertitudes et des obscurités. On le constatera surtout dans les études qui suivront celle-ci, si toutefois la science n'a pas progressé. En somme, vu son état actuel, la restauration s'avance, mais n'est point chose parfaite ; et nos éditions, tout en marquant un progrès, ne sont que faute de mieux. Donc au travail, mais sans précipitation ni hâte de conclure.

On a posé la question de savoir qui l'emportait des théoriciens et des manuscrits; et même, en admettant une contradiction possible entre eux, on a proclamé qu'il fallait abandonner les premiers pour s'en tenir aux seconds. Cet antagonisme est sans fondement, et cette rivalité est un prol^lème mal posé. Comme on le verra, les réponses varient selon les cas. Puis, en général, on ne trouve pas tout ni dans les théoriciens ni dans les manuscrits. Ils se complètent; et même unis, ils laissent place à des données puisées en dehors d'eux. Quant à les trouver en opposition , c'est une hypothèse si gratuite ([u'on pourrait la dire absurde. 11 serait vraiment étrange que des musicologues eussent enseigné le contraire de ce que leurs contemporains chantaient et notaient dans les livres. Non, les préceptes des auteurs ne contredisent pas ce que donnent les manuscrits ; mais il est probable qu'ils aident à les comprendre et à les interpréter autrement peut-être qu'on ne voudrait le faire d'après une théorie adoptée. S'ils heurtent certain système rythmique, certaines assertions sur la valeur et la signification des signes neumatiques, ne serait-ce pas une raison d'en douter

et de vérifier les choses de plus près".' Donc ni les théoriciens sans les manuscrits, ni les manuscrits sans les théoriciens, mais les uns et les autres, dans leur sphère propre, contribueront au travail de restauration.

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