‹ Les chants modernesChapitre 11 sur 51 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

Voyageur ! voyageur ! pourquoi marcher sans cesse ? Pourquoi toujours chercher un nouvel horizon? Pourquoi sur Punivers répandre ta jeunesse?

Pourquoi ne pas dormir quand le sommeil te presse Pourquoi toujours la tente et jamais la maison?

Le sable des déserts ne garde point ta trace ; Chaque soir lu t’endors plus débile et plus las; Auprès d'aucun fover tu n’auras donc de place,

Et de toiis ces chemins qui mènent vers l’espace. Les cailloux sont bien durs pour tes pieds délicats.

— J'ai peur de m’arrêter ; c’est l’instinct de ma vie ; Quand je marche au hasard, perdu sous le ciel bleu, J'entends chanter en moi ma jeune àme ravie Et je porte en mon cœur le soleil du lion Dieu !

J’ai peur de m’arrêter; car, sur quelque rivage,

Si je laissais mon cœur à qui ne le veut pas,

Je partirais brisé, tout pâle et sans courage,

Comme un soldat vaincu dans ses premiers combats.

Je ne veux pas aimer; j’aime mieux, sur les ondes, Regarder le soleil descendre et s’abîmer ;

J’aime mieux m’en aller par les forêts profondes ; L’amour me fait trop peur ; je ne veux pas aimer !

— Marche donc! marche donc! ê pauvre misérable. Reprends ta triste route et poursuis tes destins;

Tu laisseras ta vie au coin de ces chemins,

Et ton corps roulera sous les vagues de sable Ou dans les grands flots bleus des océans lointains 1

Il vaut mieux s’endormir dans les algues salées,

Sur le sommet des monts, sur les bords d’un torrent, Sous les rochers perdus des routes isolées,

Que d’être enseveli, plein de peines celées,

Dans le tombeau muet d’un cœur indifférent !

Naples, mars 1851.

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