NOTRE-DAME-DE- LA -IIAINE
Sur les côtes de la Bretagne,
Près de Tréguier, dans la campagne Qu'arrosent les eaux du Guindv, S’élève une pauvre chapelle Solitaire et que l’on appelle,
D’un nom sinistrement hardi.
C’est No!re-Damc-dc-la-Haine !
On voit se dresser dans la plaine
Son clocher gris et désolé !
Pendant l’office qu’on célèbre,
On entend la cloche funèbre Sonner d’un ton rauque et fêlé !
Les champs sont nus, la terre est morne Par delà l’horizon sans borne,
On entend mugir sourdement Les grands flots de la mer gonflée,
Qui battent la grève isolée Et pleurent lamentablement !
On entend crier dans l’espace
Le courlis sinistre qui passe
En appelant les naufragés ;
Les couleuvres à mille raies
Rampent et sifflent dans les haies
Et sous les buissons ravagés.
Les arbres n’ont plus de feuillage,
Il s’est envolé sur la plage,
Brûlé par le vent de la mer ;
Tout est triste, tout est aride,
Et l’ouragan dans le ciel vide Seul déchaîne son souffle amer.
Pas de pigeons aux blanches ailes.
Pas de bouvreuils, pas d’hirondelles,
Et parmi les sombres débris,
A côté des sombres chouettes,
Les chauves-souris inquiètes S’envolent en poussant des cris !
Il semble que les voeux terribles,
Que les prières indicibles Doivent ici se prononcer,
Près de cet autel implacable,
Et que la sainte formidable Ne doit jamais les repousser ! .
Notre-Dame ! s’il faut encore Que la haine qui me dévore,
Pour celui que vous savez bien, Avorte en scs efforts sans nombre Et que mes vœux criés dans l'ombre Retombent sans servir à rien ;
J’irai, pèlerin de colère,
Prier dans votre sanctuaire,
Afin de vous parler de lui ;
J’irai vous raconter ma peine,
O Notrc-Damc-dc-la-IIaine !
Et vous demander votre appui!