A UN VIEILLARD
Vieillard ! vous auriez pu demeurer honorable, ' Vivre encor quelques jours, et, mourant honoré, Vous en aller joyeux vers l’avenir durable En gardant un non révéré !
Vous auriez pu, vivant votre modeste vie, Cherchant avec ardeur la fin de vos travaux, Faire par vos vertus taire à jamais l’envie,
Et préparer les temps nouveaux !
Vous auriez pu, fidèle à nos chères pensées,
Nous montrer le chemin, et nous dire : « En avant! » Les choses d’ici-bas ne sont pas dispersées » Comme des feuilles par le vent! »
Vous auriez pu, restant solide, intact, auguste, Entrer comme un soleil dans la postérité;
Nous aurions dit alors : « Cet homme fut un juste ; » Que par tous il soit respecté ! »
Mais non, il faut hélas! que sans foi, sans justice, Lâchement, tristement, et sans faire un effort, Sans se défendre, il faut que votre nom périsse Comme un vaisseau qui sombre au port !
Vous avez oublié le pacte d’alliance,
Et votre probité célébrée en tout lieu,
Et vous avez, hélas! vendu votre croyance , Comme Judas vendit son Dieu !
Tant de honte ! Pourquoi? pour grossir vos sacoches, Pour augmenter un peu vos bien-être derniers !
Nous avons entendu résonner dans vos poches I/or impur des trente deniers !
Eli ! non ! vous étiez riche ! A ces coquineries Quoi donc a pu pousser votre cœur incomplet?
C’est un ruban de plus, c’est quelques broderies Que l’on peut mettre à son collet 1
C’est le besoin honteux d’avoir une âme vile, C’est quelque lâche avis soufflé par le démon, C’est l’erreur de penser qu’en devenant servile On agrandira son renom!
Aussi, dans le présent, et plus tard, dans T histoire, Malgré talent, sagesse, éloquence et raison,
Il flottera toujours près de votre mémoire Un nuage de trahison !
Quand le galérien a terminé sa peine,
Il ne peut, quoi qu’il fasse, arriver au rachat, Car il porte toujours la trace de la chaîne Qu’il a traînée étant forçat!
Août 1832.