‹ Les chants modernesChapitre 29 sur 51 · A CHARLES LAMBERT · texte numérisé non relu

A CHARLES LAMBERT

A vous que j'ai plaisir à proclamer mon maître,

A vous qui, le premier, m’apprîtes à connaître Les étemelles voix qui dans tout l’univers Chantent incessamment leurs immenses concerts,

A vous il appartient qu’aujourd’hui je dédie Ces vers qu’a murmurés ma lèvre trop hardie D’oser traduire ici, par des mots imparfaits,

Les chants de la matière expliquant ses hauts faits.

A chacun île ses chants quand j’ai prêté l’oreille, M’arrêtant ébloui près de chaque merveille, Hésitant, entraîné, revenant sur mes pas, J’entendais le Passé qui me disait tout bas :

« Viens à moi, je suis beau ; rien encor ne m’égale ;

» A ton tour chante aussi ma marche triomphale !

» Raconte mes splendeurs, mes gloires et mes dieux, » Reprends la vieille lyre à la main des aïeux,

• » Invoque les neuf sœurs et, sur le mode antique,

» Le cœur tout débordant de fureur poétique,

» Regrettant la vertu des siècles effacés n Chante les immortels et leurs travaux passés ! »

Je n’ai point écouté ces paroles menteuses Qui voulaient me mener sur les routes douteuses Où nul soleil ne luit ; mais j’ai tourné les yeux Vers les hautes beautés de nos jours sérieux ;

J’ai vu que le Présent avait aussi des gloires Qui valaient tous ces faits restés dans les mémoires Comme de vieux tableaux accrochés à des murs,

Et qu’on admire encor parce qu’ils sont obscurs !

J’ai compris qu’il fallait qu’à son tour le poète Chantât ce qu’il voyait, et se fit l’interprète Des efforts surhumains qu’enfantent nos cerveaux Pour rapprocher de nous l’espoir des temps nouveaux !

C’est ce chant-là, guetté de loin par l’anathème, Que je vous offre ici ; car il est le poème Du travail incessant et du progrès humain,

De l’espoir qui conduit les hommes par la main ; Du pacifique effort qui grandira notre âge En détruisant la faim, la guerre et l’esclavage ; Et des forces que Dieu ne cesse de bénir Où dort la liberté promise à l’avenir !

Janvier 1855.

Page 1