MATIN
Quatre heures du matin sonnaient ; sur le ciel pâle Des nuages épais assombris par la nuit Se frangeaient en fuyant de bordures d’opale ;
La ville était éteinte et reposait sans bruit.
Les dômes monstrueux des graudes basiliques Semblaient porter les deux ténébreux et voilés,
Et mes pas éveillaient, près des temples antiques, Les pauvres endormis dans leur manteau roulés !
Rome dormait encor. De lentes sentinelles Passaient et repassaient devant les postes clos. Nul oiseau dans les airs ne remuait les ailes ; Nul bateau de pêcheur ne glissait sur les eaux ;
Le Tibre était muet, et le ciel était vide.
J’avais froid; je marchais, chantant en mon esprit Une chanson d’amour pleine de joie avide,
Hymne secret du cœur et pour moi seul écrit.
Mon cœur était joyeux ; je sentais sur ma lèvre La saveur de baisers encor chauds ; j’entendais Encor ces mots d’amour bégayés dans la fièvre, Ineffables trésors qu'en moi je fécondais.
Le jour venait; Ja nuit pâlissait; les étoiles S’effaçaient lentement dans le ciel incertain, Et les nuages blancs comme de larges voiles, Voguaient allègrement au souffle du matin.
Cela me rappelait mes départs en voyage,
Avant l’aube, au désert ou sur le bord des flots, Quand je marchais rêveur dans un grand paysage, A côté des mulets tout bruyants de grelots.
Et toi, que faisais-tu, dis, ma pâle chérie, Pendant que j’allais seul en m’éloignant de toi? Cherchais-tu mon image en ton Ame attendrie, Répétais-tu les mots dont j’ai juré ma foi?
Ou bien triste et penchée en haut de ta fenêtre, Retirais-tu la corde où j’ai glissé sans peur?
— Quand je vis dans le ciel le soleil apparaître,
Je le trouvai moins grand et moins fier que mon cœur!
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