POUR LA PLUIE
Tombe, pluie,
Sur le seigle de la grand’mère, Sur le froment du grand-père, Sur le lin de la jeune fille !
Tombe à pleins seaux ; Pluie, pluie, tombe encore.
Plus fort, plus vite !...
Chère pluie, obère pluie,
Je te ferai cuire de la soupe ;
Je la mettrai sur un chêne ;
Trois pigeons viendront volant ;
Ils te prendront sur leurs ailes Et t’emporteront en terre étrangère.
Ces formulcttes pour la pluie sont nombreuses. La pluie de printemps est très salutaire pour le corps humain ; on doit s’en laver, surtout si elle tombe accompagnée de coups de tonnerre.
LES ROUSSALKI
Nous avons parlé des Roussalki dans l’introduction de ce volume. Pendant la semaine qui précède la Pentecôte et qu’on appelle dans certaines légions Semaine des Roussalki, les parents de ceux qui ont péri de mort violente vont sur leurs tombeaux avec des crêpes, de l’eau-de-vie et des œufs teints en rouge. On casse les œufs, on répand l’eau-de-vie sur la tombe et on laisse là les provisions pour les Roussalki en chantant :
Reine Roussalka,
Belle jeune fille,
Ne fais pas de mal à l’âme,
Ne lui cause rien de nuisible Et nous te ferons la révérence.
Oublier cette pratique, ce serait s’exposer à la vengeance des Roussalki.
CHANTS DU SEMIK fl>
La fête du Semik commence le jeudi de la septième semaine après Pâques ; elle dure jusqu’au lundi suivant qui est le lendemain de la Pentecôte. C’est la vraie fêle russe du printemps. Encore aujourd’hui, sur divers points, la foule se rend dans les bois : on chante, on tresse des couronnes et des guirlandes de fleurs, on choisit un jeune bouleau pour le revêtir d’habits de femme et Porner de rubans. On le porte ensuite au village avec des cris de joie et on le dépose dans une maison où les voisins vont comme en pèlerinage le visiter pendant deux jours. Le troisième, qui est le dimanche de la Pentecôte, on le porte à la rivière et on l’y jette avec les guirlandes.
Dans la Petite-Russie, les garçons chantent, en allant à la forêt, ce chant où se mêlent le christianisme et l’ancienne religion :
Bénis, ô Trinité,
O Mère de Dieu !
Nous allons dans la forêt,
Nous allons tresser des couronnes,
O Dido ! ô Lado !
(1) Semik, septième ; Siem, sept.
Nous allons tresser des couronnes Et cueillir des fleurs.
Les couronnes faites, on les échange entre garçons et filles. Celles-ci les mettent sur leur tête, ceux-là sur leur chapeau. Le soir, après les rondes et les jeux, tous vont à la rivière et y lancent des couronnes, en chantant :
J’irai à la rivière du Danube,
Je me tiendrai sur le bord escarpé,
Je jetterai ma couronne dans les eaux ; De loin je verrai Si elle s’enfonce ou non,
Ma couronne, dans les eaux.
Si elle s’enfonce, le présage est mauvais. Si elle surnage, elle promet un mariage heureux et une vie prospère.
Voici' une autre chanson que disent les jeunes filles en allant dans les Lois chercher le bouleau du Semik et cueillir des Heurs pour faire les couronnes et les guirlandes :
Ne vous réjouissez pas, ê Chênes,
Ne vous réjouissez pas, chênes verts !
Ge n’est pas vers vous que vont les jeunes filles. Pas à vous qu’elles portent des galettes, Des gâteaux, des omelettes.
Io ! Io ! Semik et Troïtsa !
Réjoui ssez- vou s, boni eaux,
CITANTS DU SEMI K
Réjouissez-vous, bouleaux verts !
C’est vers vous que vont les jeunes tilles,
C’est à vous qu’elles portent dos galettes,
Des gâteaux, des omelettes.
N’y a-t-il pas là un souvenir du culte des arbres, d’un sacrifice offert au bouleau, l’arbre du printemps ?
Citons encore un jeu spécial à ces jours de fête. Les filles forment une ronde en chantant :
Ah ! sur l’herbe, sur le vert gazon,
Autour de la grande ville,
Se promène un hardi compagnon.
Et une fille coiffée d'on chapeau d’homme, marche autour de la ronde avec un air provocant. Une autre, un mouchoir à la main, se tient au milieu de la ronde, tandis qu’on chante :
O Tour ! le hardi compagnon,
Sorti de la grande ville,
Provoque la belle jeune lille A lutter avec lui sur le gazon,
O Diclo, Lado ! à lutter.
Alors la fille au mouchoir sort de la ronde, enlève à l’autre son chapeau et fait semblant de la frapper :
La belle jeune tille est sortie.
Elle a vaincu le jeune homme,
L’a renversé sur le vert gazon,
O Dido, Lado ! Ta renversé.
Le vainqueur s’éloigne et le chant finit ainsi :
Le brave jeune homme se relevant Cache son visage dans ses mains, Verse des larmes brûlantes.
Dans son chagrin il n’ose pas Dire un mot aux braves,
O Tour, Dido, Lado ! dire un mot.