LE FLAMBEAU DE RÉSINE
Mon petit flambeau que j’allume,
Tu brûles paresseusement.
Pourquoi ta résine qui fume Luit-elle si peu clairement ?
Au poêle t’a-t-on bien séchée ?
Sur toi, ma latte de bouleau, Peut-être jalouse et fâchée,
La belle-mère a mis de l’eau...
Chères compagnes, mes amies,
Allez à vos lits chauds et doux ; Restez-y sans crainte endormies :
Vous n’attendez personne, vous !
Mais ce n’est pas moi qui, de même, Jeune épouse, ici dormirai ;
En attendant celui que j’aime, Longtemps, longtemps je veillerai.
Mon bon ami, je dois l’attendre.
Une première fois, voilà
Que le sommeil m’est venu prendre :
Mon ami n’est pas encor là.
Je me suis endormie encore :
Mon bien-aimé n’arrive pas.
Je me rendors : voici l’aurore,
De mon ami j’entends le pas.
Il vient avec l’aurore blanche,
Celui que j’aime tendrement ;
Il entre, il entre ; sur la planche Ses bottes craquent doucement .
Sa pelisse de zibeline Fait frou-frou, dans le même temps Que cliquètent sur sa poitrine Ses petits boutons éclatants.
LE MALMARIÉ
Contre mon gré je me suis marié,
J’ai pris une méchante femme,
Une méchante, qui ne me plaît Ni d’esprit ni de cœur.
Vivre en amitié avec elle ? Oh ! non.
Je passerai la rivière,
Je courtiserai les filles.
Quant à ma femme,
Je prierai pour qu’elle meure.
Sur le bord de la rivière,
La Mort, l’excellente Mort se présente cc Holà ! chère Mort !
ltetourne-t’en,
Fais une fin à ma femme ! »
A peine ai-je dit que la Mort A commencé sa besogne avec ma femme A peine le temps d’un coup d’œil, Le corps est enseveli dans un drap blanc Et déjà la cloche sonne.