LE MORT TRANSFORMÉ
Là-bas, vers l’Orient, germe et grandit l’orage ;
Les vents sont déchaînés, pareils aux loups hurlants Et le tonnerre gronde en dardant avec rage Les traits multipliés des éclairs aveuglants.
Sur la fosse récente où Ton coucha mon père,
Une étoile est tombée, une étoile des deux...
O foudre, fends la terre humide, notre mère !
Toi, terre, aux quatre vents éclate sous nos yeux !
Apparais, o cercueil, et descelle tes planches ! Déroule-toi, linceul, découvre les genoux,
Laisse à nu le sein libre ! écartez vous, mains blanches Qui pesez sur le cœur ! Lèvres, enlr’ouvrez-vous !
Transforme-toi, mon père, en un faucon rapide, Envole-toi d’un trait jusqu’à la mer d’azur ;
Descends vers la Caspienne et lave au flot limpide La poudre du tombeau qui rend ton front impur !