‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 17 sur 134 · SVYATOGOR ET IL Y A DE MOUROM · texte numérisé non relu

SVYATOGOR ET IL Y A DE MOUROM

Le bon coursier frappe le sol de ses sabots pour réveiller son maître, mais il n’y réussit qu’en prenant une voix humaine pour crier que Svyatogor revient à sa tente. Ilya saute sur ses pieds et, laissant son cheval en liberté, grimpe dans les branches du chêne. Alors

Il vient un héros plus grand que les arbres des bois ;

Sa tête touche aux nuages errants ;

Il porte sur ses épaules un coffre de cristal.

Le héros arrive au chêne vert,

Décharge ses épaules du coffre de cristal,

L’ouvre avec une clef d’or.

Il en sort une femme héroïque.

Quelle beauté ! dans le inonde entier On n’a jamais vu ni vanté la pareille.

Dès qu’elle a quitté le coffre, elle s’occupe à dresser sous le chêne une table somptueuse et Svyatogor mange et boit. Puis il entre dans la tente, se couche et s’endort. Sa femme, devant la lente, aperçoit Ilya sur l’arbre, lui ordonne de descendre et exige qu’il devienne son amant. Il lui obéit, puis

La belle femme, la femme du héros,

Le plaça dans la vaste poche de son mari Et réveilla celui-ci de son profond sommeil.

Le héros Svyatogor s’éveilla,

Plaça sa femme dans le coffre de cristal Qu’il ferma avec la clef d’or,

Enfourcha son bon coursier Et partit pour les Saintes-Montagnes.

Comme son bon cheval commençait à trébucher,

Le héros frappa de sa cravache de soie Ses lianes vigoureux.

Alors le cheval dit avec une voix d’homme :

« Auparavant je portais le héros et la femme du héros, Maintenant je porte la femme du héros et deux héros : Rien d’étonnant que je trébuche. »

Le héros Svyatogor tira De sa poche Ilya de Mou rom Et se mit à lui demander Qui il était et comment il était venu Dans sa poche profonde.

Ilya dit ce qui lui est arrivé et Svyatogor., après s’être débarrassé de sa femme, se lie d’affection avec lui, l’adopte pour son jeune frère et lui apprend tout ce qu’un héros doit savoir. Puis les deux amis s’en vont vers les montagnes du nord et sur leur route trouvent un grand cercueil :

Sur le cercueil il était écrit :

« Celui qui doit dormir dans ce cercueil Y restera couché. »

Ilya de Mourom s’y coucha ;

Mais le cercueil était pour lui trop long et trop large. Alors le héros Svyatogor s’y coucha ;

Le cercueil lui allait très bien.

Ainsi parla le héros :

a Le cercueil est fait à ma mesure,

Soulève le couvercle, Ilya,

SVYATOGOR ET ILYÀ DE MOUROM

Couvre-m’en ! »

Ilya de Mou rom répondit :

« Je ne lèverai pas le couvercle, frère aîné,

Je ne t’en couvrirai pas.

C’est une plaisanterie dangereuse que tu veux faire En t’ensevelissant toi-même. »

Alors le héros prit le couvercle et ferma lui-même le Mais quand il voulut le retirer, [cercueil ; La chose lui fut impossible.

De toutes ses forces il essaya de le soulever ;

Il cria à Ilya de Mourom :

« Ah ! jeune frère,

Sûrement je subis ma destinée ;

Je ne peux pas soulever le couvercle du cercueil : Essaie, toi, de le soulever. »

Ilya de Mourom essaie de soulever le couvercle du cercueil, mais que pourrait-il faire ? Alors parla le héros Svyatogor :

« Lève mon épée d’acier et frappes-en le couvercle par le travers. »

Lever l’épée d’acier de Svyatogor, c’était au-dessus des forces d’Hya de Mourom. Alors le héros Svyatogor l’appela et lui dit :

« Penche-toi sur le cercueil, vers la petite fente qui s’y trouve et je te soufflerai mon souffle héroïque. »

Ilya sc pencha et le héros Svyatogor lui souffla son souffle héroïque. Alors Ilya sentit que sa force ordinaire était triplée et levant l’épée d’acier, il frappa par le travers le couvercle du cercueil. De ce coup puissant jaillirent au loin les étincelles ; mais, où l’épée d’acier avait frappé, il se forma une chaîne de fer.

De nouveau le héros Svyatogor l’appela :

« J’étouffe, jeune frère, essaie encore de frapper avec l’épée, cette fois dans la longueur, le couvercle du cercueil. »

Uya de Mourom frappa le couvercle en long ; là encore se forma une barre de fer.

De nouveau le héros Svyatogor s’écria :

« Le souffle me manque, jeune frère ! Penche-toi sur la fente, je soufflerai encore et te donnerai toute ma force. »

Mais Uya de Mourom répondit :

« De la force, j en ai assez, frère aîné. En aurais-je davantage, la terre ne pourrait plus me porter. »

Alors parla le héros Svyatogor :

« Tu as bien fait, jeune frère, de ne pas m’obéir cette fois. J’aurais soutflé en toi le souffle du tombeau et tu serais couché mort, près de moi....Et maintenant adieu ! prends pour toi mon épée d’acier, mais attache à mon cercueil mon bon cheval héroïque : nul autre que moi ne doit le posséder. »

Alors s’exhala par la fente son dernier soupir, llya dit adieu à Svyatogor, attacha son bon coursier au cercueil, ceignit l’épée d’acier de Svyatogor et fit route à travers la campagne.

LE BON MIKOULA (D

O bon Mikoula, vaillant d’autrefois,

Avec Front-Levé , ta jument connue Qui dressait la tête et touchait la nue,

O bon Mikoula, fils du villageois I

Tu t’en vins à Kiof faire tes emplettes :

Deux outres de sel, chacune enfermant,

Quel poids ! — seize cents livres bien complètes, Et tu les portais, fort allègrement !

Le bon Mikoula détruisait les herbes,

Arrachait les pins, creusait les sillons,

Y semait le seigle et liait les gerbes Puis moulait le grain de ses épis blonds.

Moi, je brasserai la bière à ta gloire,

( 1 ) Le Triptolème russe.

Avec mes amis, je ferai gala

Pour que nous puissions tous ensemble boire,

A ta santé boire, ô cher Mikoula !

Car, bon compagnon, tu te vantais cl’être Défricheur du sol et semeur du grain Et nous te prenons pour père et pour maître, Nous qui labourons le même terrain.

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