‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 21 sur 134 · LA VISION DU PRINCE DMITRI · texte numérisé non relu

LA VISION DU PRINCE DMITRI

Il voit ceux des Tatars tout comme une poix noire, Comme une cire blonde il voit ceux des chrétiens.

Et sur ce champ de mort passe la sainte Vierge :

Les anges du Seigneur, ailés, voilés de bleu,

Les apôtres du ciel, dont chacun porte un cierge, S'avancent sur les pas de la Mère de Dieu.

Et tous chantent en chœur, chantent les litanies Sur les guerriers chrétiens, tombés pieux et forts;

La Vierge les encense avec ses mains bénies,

Des couronnes d’en haut descendent sur leurs corps.

(( Le prince, où donc est-il ? » dit la Vierge. — « A

[la messe,

Lui répondit saint Pierre ; il entend aujourd’hui Les offices sacrés, à Moscou ; la princesse,

Les chefs et les boïars sont tous auprès de lui. »

— « Il n’est plus, reprit-elle, à sa place sur terre ;

Il conduira les chœurs des martyrs dans le ciel.

La princesse ira vivre au sein du monastère Où j’offre à mes enfanls un abri maternel. »

La vision cessa... Sous les clartés ardentes,

Les Icônes partout jettent des rayons d’or.

Dmitri revient à lui. Des larmes abondantes S’échappent de ses yeux ; il pleure et pleure encor :

— « Sachez que de ma mort bientôt sonnera l’heure ;

Bientôt vous me verrez couché dans le cercueil Et, dès que j’aurai pris ma dernière demeure,

Au couvent la princesse ira porter le deuil. »

Le samedi 8 septembre 1380, Dmitri Donskoï remporta une grande victoire à Koulikovo sur le khan tatar Mamaï. En mémoire de ce jour glorieux, le vainqueur institua une fête anniversaire qu’on appela : le samedi de la Saint-Dmitri.

Les paysans russes donnent aujourd’hui ce nom à la fête qu’ils célèbrent, chaque automne, en commémoration de leurs morts. Déjà se sont fait sentir les premières gelées de l’année ; si le dégel survient ce jourlà, le peuple dit : « Ali ! nos parents vont avoir un peu de répit ! » car on croit (ainsi que l’attestent de nombreux chants de funérailles) que les morts peuvent souffrir du froid aussi bien que de la faim.

Après le service religieux, chaque famille se rend avec des provisions sur la tombe doses défunts ; on y loue, tout en pleurant, leurs qualités et leurs vertus et on boit, on boit longuement à leur repos é'ernel (1).

(1) Ralston,

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