LA,SŒUR DES VOLEURS
Dans la ville de Kief une veuve autrefois Vivait, riche, au milieu d’une belle famille :
Près d’elle neuf garçons grandissaient à la fois ; En outre, avec ses fils elle avait une fille,
Une fille, de tous ses enfants le plus cher :
Ses frères l’ai niaient tant ! Dès qu'elle fut en âge, Un jeune homme, habitant des rives de la mer, Un opulent boïar la prit en mariage.
Au loin dans sa maison l’époux la conduisit.
Us vécurent deux ans sans peine, sans épreuve ; Mais la troisième année un ennui les saisit ;
Il leur fallut partir pour aller voir la veuve.
Ils allèrent pendant deux jours, à petits pas.
Le troisième, au milieu de la plaine déserte,
Us durent s’arrêter pour cuire leur repas Et laisser leurs chevaux paître dans l’herbe verte.
Tout, à coup, comme un vol de corbeaux, à grands cris, Sur eux de gens armés s’abat une brigade :
Les pauvres voyageurs se trouvèrent surpris Par des voleurs postés au guet, en embuscade.
Et voilà les brigands, sans pitié, foi ni loi, .
Tuant l’homme, jetant l’enfant,dans l’eau profonde.
La femme demeura leur captive. Après quoi,
Ils s’en allèrent tous dormir le mieux du monde.
L’un d’eux pourtant ne put dormir. Il pria Dieu,
Puis vint interroger la jeune prisonnière :
(( O femme de la mer, pauvre femme, en quel lieu Vivais-tu ? Quittes-tu ton père ? As-tu ta mère ? d
— « Je suis de Ivief, ma mère y vit, mon père est mort. Ma mère a neuf vaillants garçons : je l’ai quittée Pour suivre mon mari dans son pays, au bord De la mer où, depuis trois ans, je suis restée !
4 L’ennui nous prit loin d’elle et nous allions la voir, Confiants, sans penser aux obstacles contraires. »
Il écoutait, tremblant, pale de désespoir...
Il s’écria soudain : « O mes frères, mes frères,
a L’homme mort de nos mains, K enfant dans l’eau jeté, C’est l’époux, c’est l’enfant de notre sœur chérie Et la femme aujourd’hui prise en captivité,
C’est elle, notre sœur, dont le cœur saigne et crie î