‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 40 sur 134 · LA MÈRE CAPTIVE CHEZ SA FILLE DEVENUE TURQUE · texte numérisé non relu

LA MÈRE CAPTIVE CHEZ SA FILLE DEVENUE TURQUE

Pourquoi n’avez-vous pas veillé, gens du village ? Pourquoi, vous, coqs, pourquoi n’avez-vous pas chanté ? Les Turcs sont là, les Turcs mettent tout au pillage ; Nos hommes avec eux vont en captivité.

Un Tatar en partage obtint sa belle-mère.

Liée à son cheval, il la traîne aux fourrés,

Où son sang qui ruissselle emplit toute l’ornière ;

Les voraces corbeaux s’y sont désaltérés.

« Salut, 6 dame turque, o dame que l’on vante !

Nous amenons pour toi du pays étranger

Une esclave de choix ; prends-la pour ta servante,

Donne-lui du travail, et sans la ménager.

<i Qu’elle ait en môme temps à faire triple ouvrage : Avec la main Filer le lin de son fuseau,

Avec ses yeux garder les moutons au pacage,

Avec ses pieds bercer noire enfant au berceau. »

Or après quelque temps, la captive chrétienne Tout en berçant l’enfant chantait pour l’endormir :

(( Fils de ma fille, dors, ta lignée est la mienne. »

La dame turque entend, bondit, se sent frémir :

« Que dis-tu là ? Comment m’as-tu donc reconnue ?»

— « L’autre jour, te mettant au bain, soudain je vois Une marque de feu sur ta poitrine nue,

Signe que je touchai si souvent autrefois. »

— «O ma mère, c’est toi, toi que j’ai tant pleurée ! Quel hasard te révèle à mes regards surpris ?

Toi, par ces haillons vils ainsi déshonorée !

Quitte-les, revêts-toi d’une robe de prix.

a Désormais près de nous, tu vivras en maîtresse, Avec noble parure et riches ornements. »

— « Laisse-moi mes haillons, j’aime mieux ma dé¬

tresse,

Que ton luxe, ton or et tes beaux vêtements. »

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