LE FRÈRE QUI VEND SA SŒUR
Un homme s’appelait André. Dans sa maison.
Il n’avait que sa sœur, la petite Marie ;
Il la vendit au Turc, sans pitié ni raison,
Pour sept cents pièces d’or, plus un lot de soierie.
André, marché conclu, clans sa maison rentra,
Puis il dit à sa sœur d’un ton sans répartie :
<c Le Turc, le premier Turc qui se présentera Sera ton fiancé, tiens-toi pour avertie. »
En cousant ou brodant, la sœur, le cœur serré,
De temps en temps tournait les yeux vers la fenêtre
ce 11 faut pour ta maison une servante, André,
Car, demain, des maçons j’irai trouver le maître.
« Sur le bord du Danube est leur chantier, là-bas ; Je me ferai murer dans le mur qu’ils bâtissent.. »
— Mais arrivent bientôt les Turcs. Avec fracas Ils entrent dans la cour où leurs cris retentissent.
Droits sur les étriers, tous clament à la fois :
« Sors, petite Marie, et viens ouvrir la porte. »
Ils l’appellent en vain, elle est sourde à leurs voix ; Au lieu d’elle, paraît une servante accorte.
Elle franchit le seuil, s’avance ; la voici Qui, près des cavaliers, se tient tete baissée...
« Ce n’est point là Marie, et que veut celle-ci,
Avec cette couronne ? Est-ce une fiancée ?
a Écoute, frère André, montre-toi vite et sors.
N’as-tu pas mérité la corde pour te pendre ?
« 11 n’est pas suffisant d’empocher nos trésors : Amène-nous ta sœur qu’il t’a plu de nous vendre. »
— « Rendez-vous sur le bord du Danube : à coup sur Ma sœur est là ; sans quoi je vous l’aurais livrée.
<t Vous verrez des maçons qui bâtissent un mur ; Demandez-leur de l’en tirer : ils l’ont murée ! »