‹ Les chants oraux du peuple russeChapitre 43 sur 134 · LA FEMME DU BRIGAND · texte numérisé non relu

LA FEMME DU BRIGAND

Femme, quel boïar t’a donc épousée?

— Sellant son cheval dès que le jour fuit,

Pour le brigandage il part à minuit Et revient à l’aube, avec la rosée.

a Allons, lève-toi, belle au sourcil noir Et de l’enclos vite ouvre-moi la porte !

Sais-tu quel butin aujourd’hui j’apporte?

Neuf vaillants chevaux !.. belle, viens les voir.

Lui, le fier brigand, monte le dixième.

« Femme, va laver ce linge au ruisseau ;

Sans le déployer plouge-le dans l’eau,

Car la peur pourrait rendre ton front blême. »

C’est une chemise, oh ! rouge de sang !

Les yeux voilés, pale et perdant haleine,

Les cheveux dressés sur son front, à peine,

A peine elle peut dire en frémissant :

(( Ali ! mon cher époux, je te suis soumise, Mais dois-je te voir meurtrier ainsi?..

Sous tes coups mon frère est mort, car voici

— Je la reconnais — sa fine chemise ! »

— « Sa tète serait encor sur son cou

S’il s’était montré quelque peu plus sage :

N’aurait-il pas dû me livrer passage?..

Il ne valait pas, du reste, un licou ! D

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