LA FEMME DU BRIGAND
Femme, quel boïar t’a donc épousée?
— Sellant son cheval dès que le jour fuit,
Pour le brigandage il part à minuit Et revient à l’aube, avec la rosée.
a Allons, lève-toi, belle au sourcil noir Et de l’enclos vite ouvre-moi la porte !
Sais-tu quel butin aujourd’hui j’apporte?
Neuf vaillants chevaux !.. belle, viens les voir.
Lui, le fier brigand, monte le dixième.
« Femme, va laver ce linge au ruisseau ;
Sans le déployer plouge-le dans l’eau,
Car la peur pourrait rendre ton front blême. »
C’est une chemise, oh ! rouge de sang !
Les yeux voilés, pale et perdant haleine,
Les cheveux dressés sur son front, à peine,
A peine elle peut dire en frémissant :
(( Ali ! mon cher époux, je te suis soumise, Mais dois-je te voir meurtrier ainsi?..
Sous tes coups mon frère est mort, car voici
— Je la reconnais — sa fine chemise ! »
— « Sa tète serait encor sur son cou
S’il s’était montré quelque peu plus sage :
N’aurait-il pas dû me livrer passage?..
Il ne valait pas, du reste, un licou ! D