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L’ARRIVÉE DU PRINTEMPS

En divers points de la Russie, le l” mars est le jour fété, suivant les anciennes traditions, pour l’arrivée du printemps. Dès le matin, les femmes et les filles se rendent sur les hauteurs ou, à définit de lieux élevés, grimpent sur le toit des granges en chantant :

Printemps, beau printemps,

Printemps, viens avec joie,

Avec grande bonté,

Avec du lin très long,

Des racines profondes Et du grain abondant !

Les filles entrent dans l’eau ou, si les ruisseaux sont gelés, elles font un trou dans la glace et dansent en rond alentour. Elles chantent :

Eau salutaire du printemps, Donne-nous la santé !

On porte même les malades sur le bord du ruisseau et on les as-

perge avec cette eau neuve. Ailleurs, ces pratiques s’exécutent à un autre moment de l’année, le Jeudi-Saint ou le 1 er mai. Dans le gouvernement de Toula, par exemple, c’est immédiatement après Pâques. Au déclin du soleil, la jeunesse du village monte au sommet de la plus haute colline, se tourne vers l’orient et dit à voix basse une prière ; puis commencent les rondes et les chansons de Khorovod. Un jeune homme tenant un pain d’une main et nn œuf teint de rouge de l’autre, chante :

Beau printemps,

Comment es-tu venu ?

Quelle était ta monture ?

— Une charrue,

Une herse.

Puis tous en chœur commencent une chanson :

Toutes les filles sont dans la rue,

Toutes les belles filles sont dans la grand*rue ;

Une pourtant n’y est pas.

Elle est assise dans sa chambre haute,

Elle brode en or un bonnet,

Elle orne de rubans la bride.

Ah ! grand souci !

Qui l’obtiendra, ce bonnet. ?

Qui ? — « Mon futur époux î »

KOSTROUBONKO

Il était d’usage, en Petite-Russie, de célébrer, dans la quinzaine de Pâques, les funérailles d une divinité de printemps nommée Kostroubonko,

Autour d’une jeune fille étendue comme morte sur le gazon, une ronde chantait :

Mort, il est mort, notre Kostroubonko !

Mort, il est mort, notre cher Kostroubonko !

Tout à coup la jeune fille se levait et le chœur chantait joyeusement :

Il revit, il revit, notre Kostroubonko !

Il revit, il revit, notre cher Kostroubonko !

Kostroubonko est devenu un jeu d’enfants.

KRASNAYA GORKA

Avec la première semaine après Pâques commence la fête de Krasnaya Gorka (1). Elle dure depuis le dimanche de Quasimodo jusqu'à la fin de juin. Ce qui la caractérise principalement, cest le Khorovod, la danse orbiculaire accompagnée de chants en chœur.

Une femme tient un pain rond et un œuf rouge, deux emblèmes du soleil ; la lace tournée vers l’orient, elle commence une des chansons de printemps, que le chœurcontinue. En diverses régions, la cérémonie se termine par la destruction d'une figure qui représente la Mort ou l'Hiver.

Beaucoup de ces chansons s'adressent à la déesse de 1 amour, la divinité principale de la saison, ou du moins célèbrent son influence ; ça et là, on les chante sous les fenêtres des jeunes mariés.

Les morts ne sont pas oubliés dans ces jours de fêtés. Sur quelques points de la Russie, on les honore aujourd’hui connue le taisaient les païens d’autrefois. On célèbre en leur mémoire, en même

(1) La rouge ou brillante petite montagne : cette épithète (comme le rouge des œufs de Pâques) s'explique par la splendeur du printemps. Le nom de petite montagne rappelle qu'à l’origine la fête se célébrait ou du moins s’inaugurait sur un lieu élevé. (Ralston)

KRASNAYA GORKA

temps que la Krasnaya Gorka ou aussitôt après,la fête appelée Hadounitsa. Dans divers districts, les femmes et les filles portent des provisions au cimetière et y poussent de longs cris sur la tombe de leurs parents et de leurs amis. Puis elles se mettent à manger et à boire gaiement, pensant que leurs morts prennent part à leur réjouissance. Après ce repas, elles offrent les restes aux mauvais esprits pour les empêcher de troubler le repos des morts ; dans ce but, elles vident aussi sur les tombeaux les bouteilles et les verres. De retour au logis, elles prennent leurs vêtements de fête et s’en vont à la Krasnaya Gorka commencer leurs chants et les jeux que ces chants accompagnent.

Plusieurs de ces chansons semblent avoir un sens mythique ; celle-ci par exemple :

Un jeune homme marche, les mains levées, au milieu du Khoro vod. Le chœur chante :

Notre brillant prince est venu,

Est venu autour de sa ville,

Est venu autour de sa ville élevée ;

Notre brillant prince cherche Sa brillante princesse...

Il vient, le prince vient,

Vient autour de la ville.

Il fend, il brise

Avec son sabre les portes.

Bientôt, ô brillant prince,

Trouverons-nous la belle jeune fille ?

Ici le jeune homme s’arrête, le chœur cesse et lui seul termine ainsi le chant :

Partout où je trouverai La belle jeune fille princière,

A la jeune fille princière Je donnerai un anneau d'or.

Suivant Oreste Miller, ce chant s’applique évidemment au soleil, semblable à un prince brillant, qui tranche avec ses rayons comme avec un sabre les remparts de glace, élevés par Y hiver pour l'écarter de sa belle fiancée, la Terre (1).

(1) Ralston.

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