REPROCHES AU BIEN-AIMÉ
Le vent souffle, souffle avec rage ;
Il lance, hurlant au travers,
La pluie en averse d’orage Sur mon jardin aux recoins verts.
Là s’élève une hutte neuve,
Où demeure une veuve. A l’eau,
La fille accorte de la veuve Va mener son cheval moreau ;
Son cheval à crinière noire,
Elle le conduit vers l’étang ;
Mais le cheval ne veut pas boire Et bat la terre à tout instant...
— « D’où te vient conduite pareille, Bien-aimé, pourquoi sans raison Seller ton cheval quand on veille ?
Quitter à minuit ta maison ?
Et n'y revenir qu’à l'aurore,
De musiciens escorté,
Parlant haut ?... ton rire sonore Jusqu'à ma chambrette est porté ! »
— ((O belle, si ma voix trop forte Te gêne, pour avoir la paix,
Il faut planter devant ta porte Des cerisiers en rangs épais. »
— « Plante-les, toi, si bon te semble, Divise la cour par moitié ;
Nous n’aurons donc plus rien ensemble Et se rompra notre amitié. »
— (( Quelle erreur, ma mie, est la tienne !
Ne dit-on pas, ô mes amours,
Qu’il faut que, moi, je t’appartienne Et te possède pour toujours ?
(( Qui nous ravira l’un à l’autre ?
Rien, si ce n’est, par le cercueil,
La mère de tous et la nôtre,
La terre humide, au jour du deuil. »
Dans les bois, pensive,
Une belle fille se promenait.
Une belle fille, la chère petite Masha.
Masha recueillait noisettes et champignons.
Avant d’avoir fait sa récolte,
Elle perdit son chemin dans la forêt sombre Et commença à appeler son cher ami.
« A h oh o ! a h oh o ! mon cher ami,
Es-tu trop loin ? Ne veux-tu pas répondre à mon appel ? » — « Je ne peux pas répondre à ton appel ;
Je suis surveillé,
Surveillé par trois sévères gardiens :
Le premier, c’est le père de rua femme,
Le second, la mère de ma femme ;
Le troisième, ma jeune femme elle-même :