LE CIMETIERE
C'est un petit village éloigné des combats. Le cimetière, avec ses croix de pierre grise, Repose calme et doux. Et le bruit de mes pas, Sonnant dans l'air muet, frappe la vieille église.
Car je monte la garde aujourd'hui près des morts.
Et, dans l'apaisement du pâle crépuscule,
Je songe, malgré moi... Foule d'hier qui dors.
Je songe aux morts nouveaux que l'obus accumule.
Je rêve à ceux couchés là-bas parmi les plaines, Sur qui viennent rôder des vols lourds de corbeaux, Je songe aux tas hideux, je songe aux fosses pleines... Comme ces morts, ici, sont bien, dans leurs tombeaux !
Par-dessus le mur bas qui borde le chemin, J'aperçois du gazon, le sable des allées, Des fleurs que disposa quelque pieuse main, L'aspect familial des humbles mausolées.
Une grande douceur règne là ; tout est frais, Tout est calme, apaisé, plus hautain que morose ; Une femme en noir prie à l'ombre d'un cyprès ; Je lis les noms gravés des morts : Ici repose...
Ils dorment vénérés sous le gazon rieur... Ton deuil éclipse tant les autres deuils, ô Guerre ! Qii'aux jours de ta lugubre et monstrueuse horreur C'est un lieu gai, tendre et charmant, qu'un cimetière.