CHENILLES ET PAPILLONS
Je m'étais arrêté, dans le sentier plein d'ombre, Devant le rampement d'une chenille. Sombre Et le dos chamarré de jaunes éclatants. Elle glissait sur l'herbe claire du printemps, Semblant me dire : « Vois ma robe somptueuse Que fronce artistement ma marche tortueuse, Vois les riches tons noirs qui régnent sur mes flancs, Et mon dos constellé de losanges tremblants. »
Et j'admirais l'insecte en son rare costume ; Quand un grand papillon passa — larve posthume ! - Dans l'air où circulaient des baumes voltigeant, S'allumant au passage à des rayons d'argent, Libre, éperdu, grisé, d'une beauté de flamme î
Et j'ouïs une voix me dire : Mets ton âme
En ton vers ; il ira, comme les papillons,
Vers le ciel, tout baigné de fluides rayons.
Mais celui que ton art patiemment habille,
— Ton art seul, — il ressemble à la froide chenille :
Il s'avance couvert de fastueux velours,
De moires, de dessins, de tons riches et lourds,
D'un éparpillement de jaunes étincelles.
De toute la splendeur des teintes... mais sans ailes !