LE JARDIN
Ton âme est un jardin, fais-y pousser des fleurs Et de grands arbres fiers aux puissantes ramures, Et qu'un frémissement d'odeurs et de murmures L'emplisse, et qu'à l'aurore y scintillent des pleurs.
Passe en déracinant le chardon et l'ortie. Dérange les cailloux, sème des grains choisis, Fauche tous les rameaux qu'un germe acre a moisis, Fouille sans fin la terre où la sève est blottie.
Que le sol qui dormait s'élance verdissant. Et devienne la rose et le chêne superbe, Et baigne ta fatigue à leur ombre, dans l'herbC} A l'heure pénétrante où le soleil descend»
Mais tremble d'écouter ta sourde nonchalance Et d'oublier ta force en un lâche loisir, Car tu verrais bientôt tes plantes dépérir Et s'en aller au vent de ton indifférence ;
Et tout ayant sombré, les lignes, les couleurs. Tu rôderais parmi le silence du vide, Morne, t'épouvantant de ta lande livide... Ton âme est un jardin, fais-y pousser des fleurs.