L'ETUDE
Médite sans repos ; veille ; que ta jeunesse Aux labeurs pâlissants accoutume son front ; Et ne t'arrache pas avant que l'aube naisse Des feuillets merveilleux qui te captiveront.
Plongeant ta tête en feu dans l'océan des livres, Abreuve à larges flots ton esprit altéré ; Bois encor, bois toujours, même si tu t'enivres ; Sans fin, sans trêve bois comme un désespéré.
Bois jusqu'à tituber le vin de la pensée,
De la beauté, de l'art et du rêve infini ;
Bois ; mais n'espère point, cette œuvré commencée,
Atteindre un jour le calme et dire : J'ai fini.
éo LES CHANTS SECRETS
Car tu n'étancheras jamais ta soif immense ; Car tu ne connaîtras nul adoucissement ; Dans l'esprit abreuvé la fièvre recommence Et grandit même encore épouvantablement.
Va, cette fièvre est bonne : elle éclaire ta vie D'une chaude lueur tremblante de flambeau ; Aime-la ; mais renonce à la voir assouvie, Et n'attends d'autre paix que celle du tombeau.
Dans uîsi bois
O trêve, apaisement, pénombre des berceaux, Petits chantres cachés dont la vive musique Ressemble au cliquetis limpide des ruisseaux, Murmures et parfums, douce extase physique.
O trêve, apaisement, bonne haleine des pins, Vagues frissonnements de la voûte feuillue, Silences. Je sens fuir l'ombre des lendemains. Toute importune voix en mon âme s'est tue.
Couché dans la fraîcheur, je m'abreuve d'oubli ; Je contemple un brin d'herbe, une feuille m'amuse ; O trêve, apaisement dont mon cœur est rempli ; Restons ici tous deux, ma maîtresse, ma muse I