RECONNAISSANCE
A J. M. Rcnaitour.
Mon âme cette nuit d'un souvenir se berce : Je revis la soirée où vous vîntes ici ; Je revois vos cheveux jetés à la renverse
Et votre jeune front par la Muse choisi.
D'une sonore voix, faisant tinter les rimes, Vous m'avez dit des chants au souffle ardent et fort ; Et près du thé fumant, jusqu'à minuit nous prîmes Vers des pays de songe un fraternel essor.
Nous parlâmes longtemps des penseurs, des poètes, Et nos cœurs dispensaient largement les lauriers ; Mais c'était le lyrisme échevelé des faîtes Qu'en votre chaude foi surtout vous admiriez.
Et vous vous répandiez en fougueuses tendresses, En soudaines clameurs d'alexandrins cités, Et vos arrêts jaloux, vos phrases vengeresses Etaient pleins de ferveurs et de témérité*.
TRAVAIL 63
Merci. Car cet élan, cette sainte folie,
Je les cherchais en vain, hélas ! autour de moi ;
Et j'étais fatigué du destin qui me lie,
Et je ne rencontrais que glose au lieu d'émoi.
Merci, vous dont la foi, comme un torrent qui lave, Baigna mon cœur lassé de dandysme et d'argot, Vous dont la fraîche voix devient ardente et grave Aux seuls noms de Shakspeare ou de Victor Hugo !
Merci ; j'avais du doute et du dégoût dans l'âme, Mon rêve agonisait aux mains du sort bourru, Ce qui l'a ranimé c'est votre jeune flamme, Et j'ai voulu chanter ce rêve secouru !