SOIR CALME
Deux flambeaux brûlent sur ma table, Et je les regarde, accoudé.
C'est un soir vague et délectable ; Mon cœur s'est doucement vidé.
Oui, tout désir et toute peine Se sont écoulés de mon cœur, Et je ne songe plus qu'à peine, Dans un repos plein de langueur.
Et les écharpes dénouées Que fait flotter mon tabac blond Bercent au sein de leurs nuées Mon rêve pâle et vagabond.
Quelle providence m'accorde Cet oubli, ce calme enlaçant, Quelle onde de miséricorde Vient m'envelopper en passant ?
C'est un soir vague et délectable Que je voudrais éterniser ; Mais minuit tinte ; sur ma table Les flambeaux vont agoniser.
Leur suprême clarté s'élève, Prise d'un tremblement soudain, Et dans ma veille qui s'achève Monte le spectre de Demain.
Adieu, doux soir, trêve magique.
Minute qui me consolas ; Mon âme pleure nostalgique.
L'heure au loin sonne comme un glas !