‹ Les Chants secretsChapitre 40 sur 51 · COUCHER DE SOLEIL A B · texte numérisé non relu

COUCHER DE SOLEIL A B

La richesse de Dieu tout entière ruisselle, Ce soir ; le ciel déroule un fabuleux trésor Qui mêle le tragique et le doux, l'ombre et l'or, Et verse une harmonie étrange et solennelle.

Le vieux clocher carré qui se dégrade un peu. Et tout près l'orme noir à la membrure immense. Se détachent, dressés au milieu du silence. Sur un fond de tempête aux écumes de feu.

A gauche le spectacle est d'une grâce exquise : Des éparpillements gris pâle sur ''azur. Des îles et des lacs, tout un ensemble pur De transparents pastels mystérieux, qui grise.

Le tableau change et fuit, la pénombre descend, Et tout l'embrasement augmente et se recule ; On voit se convulser au fond du crépuscule Des crocodiles d'or au ventre incandescent.

Les tons dorés font place à des reflets de cuivre ; Là-bas se sont massés des nuages obscurs ; L'orme et le vieux clocher ont des profils moins sûrs ; Et tout le bleu du ciel, pâle, a cessé de vivre.

L'ombre a tout recouvert maintenant, tout détruit ; Et l'on dirait que c'est à dessein que sa mante Laisse, comme un symbole, une lueur sanglante Croupir à l'horizon sinistre de la nuit.

Page 1