LE COIN SOMBRE
Barrant la plaine parfumée, Des usines, sombre troupeau, Vomissent leur noire fumée Sur la plaine et sur le coteau.
Rompant les lignes apaisantes.
Coupant les dômes des bosquets, Leurs masses se dressent pesantes, En hérissements inquiets.
Dans l'allégresse printanière, Au fond de la houle des fleurs, C'est la tragique fourmilière, L'antre des ténébreux labeurs.
C'est l'âpre cité des rouages, Qui recèle nuits et brasiers, Cerveaux tendus, efforts sauvages, GrouillementB de chairs et d'aciers.
94 LES CHAKTS SECRETS
C'est la ville aux fenêtres closes Où le labeur a confiné, Aveugle au sourire des choses, Son acharnement de damné.
C'est l'enfer de ce paysage...
Et pourtant, collines et prés, Rivière où vient trembler l'image Des crépuscules empourprés,
II est des soirs où je préfère A votre infini vert ou blond La noire ville délétère Crachant ses vagues de charbon ;
Des soirs de fièvre et de délire Où pour fuir ta sérénité, Nature, tout mon être aspire A ce labeur jamais quitté ;
Où mon âme flotte, affamée, Et trouve plus d'apaisement Dans cette souffrante fumée Qja'au calme de ton firmament !