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NOSTALGIE

Pour qui nourrissait son âme

De ta flamme, Paris, que l'exil est froid !

Ce sont de sombres années

Affamées Que l'on passe loin de toi.

Pour peu que l'absence dure,

La nature Ne peut plus nous abreuver ; Au sein des douces campagnes,

Ces compagnes, C'est de toi qu'on vient rêver.

Ah ! tu gardes l'âme entière

En ta pierre ; Et les riants horizons, Pour nos yeux qui se rappellent

Et t'appellent, Ne sont plus que des prisonsi

Mes pas qui foulent la mousse

Tiède et douce Voudraient sentir ton pavé ; Par delà les paysages

De bocages, Mes regards t'ont retrouvé .

Je revois ta Madeleine

Qu'une haleine De fleurs monte caresser, Et ton aiguille de pierre,

Coutumière De voir les siècles passer ;

Ton étoile d'avenues

Toutes nues Sous le soleil qui les cuit, Avec leurs larges chaussées

Arrosées Dont le parfum me poursuit ;

Tes jardins cachant des marbres Sous leurs arbres ;

Ton Louvre, las des Césars,

Et qui dédia ses salles Triomphales

A la majesté des arts.

Je revois couler la Seine

Où s'égrène L'or d'un crépuscule clair ; J'aperçois tes silhouettes,

Violettes, S'idéaliser dans l'air.

Et j'évoque aussi tes rues

Parcourues Par un déluge vivant, Tes vertigineux passages

De visages Que l'on croise en s'émouvant.

Je vois les montagnes claires

Des libraires S'offrir aux faims des cerveaux ; Aux vitrines magnétiques

Des boutiques Je vois briller tes joyaux.

Ta fièvre partout bouillonne

Et rayonne ; Je vois s'embraser ta nuit ; J'entends la salle bleuâtre

D'un théâtre Qjai frissonne et qui bruit...

Ah ! les éternels murmures

Des ramures Me deviennent douloureux.

Et ce sont les voix funèbres

Des ténèbres Que j'entends chanter en eux.

Je sens mon âme étrangère :

Mon pas erre Sous ces calmes frondaisons, Mais en toi gît ma pensée,

Dispersée Sur les murs de tes maisons.

Ah ! le soleil qui décline,

La colline Où s'étagent les troupeaux, Les feuillages qui frissonnent,

M'environnent D'un ironique repos.

Que le cœur las de combattre

Et de battre Vienne sommeiller ici ; Que les gouffres verts le bercent

Et lui versent La paix d'un songe adouci }

Moi, dans la fraîcheur des sentes

Verdissantes Où la brise vient errer, Je tends vainement ma lèvre

Qiie ta fièvre Peut seule désaltérer !

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