LE VASE DE CRISTAL
La meilleure amitié, pauvre âme trop ravie, Est fragile, et l'on doit tout craindre pour sa vie. Il faut la protéger, la surveiller sans fin, La vibrante amitié faite de cristal fin Dont la voix nous console en notre solitude. Il faut l'envelopper d'une sollicitude Attentive et subtile et patiente ; il faut L'étreindre en ayant soin de ne la serrer trop, Comme une urne de verre étincelante et frêle.
Mais la raison nous fuit quand nous comptons sur elle L'émotion nous prend et fait trembler nos doigts, Et l'ami trop fervent semble étrange parfois. Son zèle est inquiet, variable, fébrile, Faussé par des sursauts de crainte puérile ; Et de cette amitié vivante qu'il choyait
II ne retrouve un jour qu'un souvenir muet ; Un geste de sa main peureuse l'a tuée.
C'est ainsi qu'une enfant s'arrête, remuée, Si l'on charge ses bras d'un vase précieux ; Elle rive sur lui de grands, de pauvres yeux. Tremble de l'écraser, tremble de lâcher prise, Et laisse enfin tomber l'amphore, qui se brise.