LA ROUTE
Il faut vivre ! il faut vivre !
Dieu ne nous lâche pas.
Il faut marcher et suivre Le chemin du trépas.
O sort ! Le temps nous traîne Trébuchants et piteux ; Il faut suivre à sa chaîne Le ruban caillouteux.
Et cette route plonge
En un désert sans fin.
Rien — plus même un mensonge !
A l'horizon déteint.
Rien que le sable aride Et que l'azur dormant ; Le même cercle vide Règne implacablement.
Un matin on espère :
Une oasis nous rit !...
L'oasis, ô misère, Cache un marais flétri.
Puis la route est de soufre, De lave, de rocher ; A travers mont et gouffre, Sans trêve, il faut marcher.
Il faut marcher sans trêve Vers des lointains hideux ; Les pays que l'on rêve, Il faut s'écarter d'eux.
On teinl la route aigaëe Du sang de ses genoux, On pleure ; et l'étendue Ricane devant nous,