‹ Les Chants secretsChapitre 45 sur 51 · PRIÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE

Destin sévère qui m'abreuves De tant d'âcretés, ô destin, S'il est pour moi d'autres épreuves Et si je dois lutter sans fin ;

Si tes rigueurs doivent encore

Creuser mon visage blêmi,

Si la tristesse doit éclore

Sans trêve en mon cœur sans ami ;

Au moins veuille, à ce cœur qui saigne, Rendre ses fiers isolements, Et si tu le tourmentes, daigne Lui donner de nobles tourments I

Ah ! crible-le de coups féroces, De ceux qu'il redoute le plus, Que mille souffrances précoces Le fouillent de leurs crocs pointus ;

Mais épargne-lui ce qui ronge, Ce qui flétrit, macule, éteint.

Mais retire-le du mensonge.

De l'esclavage qui l'étreint !

Ah ! que ta main frappe et déchire, Mais ne verse pas de limon.

Torture-moi sans m'introduire Dans la lugubre abjection !

Veuille, veuille, à ce cœur qui saigne. Rendre ses fiers isolements.

Et si tu le tourmentes, daigne Lui donner de nobles tourments !

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