PRIÈRE
Destin sévère qui m'abreuves De tant d'âcretés, ô destin, S'il est pour moi d'autres épreuves Et si je dois lutter sans fin ;
Si tes rigueurs doivent encore
Creuser mon visage blêmi,
Si la tristesse doit éclore
Sans trêve en mon cœur sans ami ;
Au moins veuille, à ce cœur qui saigne, Rendre ses fiers isolements, Et si tu le tourmentes, daigne Lui donner de nobles tourments I
Ah ! crible-le de coups féroces, De ceux qu'il redoute le plus, Que mille souffrances précoces Le fouillent de leurs crocs pointus ;
Mais épargne-lui ce qui ronge, Ce qui flétrit, macule, éteint.
Mais retire-le du mensonge.
De l'esclavage qui l'étreint !
Ah ! que ta main frappe et déchire, Mais ne verse pas de limon.
Torture-moi sans m'introduire Dans la lugubre abjection !
Veuille, veuille, à ce cœur qui saigne. Rendre ses fiers isolements.
Et si tu le tourmentes, daigne Lui donner de nobles tourments !