‹ Les Chants secretsChapitre 46 sur 51 · LA NEIGE · texte numérisé non relu

LA NEIGE

La neige ce matin couvre le paysage.

La plaine, la forêt, les toits de la cité

Se fondent en blancheur, et la lumière y nage,

Et la terre offre aux yeux l'étincelante image

De la virginité !

Mais tu caches le mal, ô voile d'imposture ; Le faible saigne encore aux crocs du violent. L'impudeur et le crime étalent leur souillure ; Mars tout demeure immonde, ironique nature. Sous ton costume blanc !

QUAND UN MOUSTIQUE VIENf . ..

Quand un moustique vient se blesser à ta lampe Et s'abat convulsif sur quelque feuillet blanc, Et se tord, en dressant parfois comme une hampe Son petit corps gesticulant ;

Dis, n'éprouves-tu pas une angoisse obstinée, Ne sens-tu pas planer, invisible et présent. Le grand mystère affreux de notre destinée Sur cet insecte agonisant ?

La chenille

Tu rampes lentement sur ta branche... Etre immonde

Et splendide à la fois, Je t'aime ; l'Eternel nous jeta dans le monde

Sous de communes lois !

Comme nous tu t'en vas, tu travailles, tu manges ;

Et sur ce globe froid, Affamés, lourds d'instincts, hideux et beaux, étranges,

Nous rampons comme toi.

Mais homme et ver, avons, malgré nos turpitudes,

Le même grand destin :

A l'affligeante nuit de nos décrépitudes

Succède un clair matin !

Une heure vient pour nous où la prison se vide,

Où crevant le haillon, S'envolent du cadavre et de la chrysalide

L'âme et le papillon I

Page 1