LA NEIGE
La neige ce matin couvre le paysage.
La plaine, la forêt, les toits de la cité
Se fondent en blancheur, et la lumière y nage,
Et la terre offre aux yeux l'étincelante image
De la virginité !
Mais tu caches le mal, ô voile d'imposture ; Le faible saigne encore aux crocs du violent. L'impudeur et le crime étalent leur souillure ; Mars tout demeure immonde, ironique nature. Sous ton costume blanc !
QUAND UN MOUSTIQUE VIENf . ..
Quand un moustique vient se blesser à ta lampe Et s'abat convulsif sur quelque feuillet blanc, Et se tord, en dressant parfois comme une hampe Son petit corps gesticulant ;
Dis, n'éprouves-tu pas une angoisse obstinée, Ne sens-tu pas planer, invisible et présent. Le grand mystère affreux de notre destinée Sur cet insecte agonisant ?
La chenille
Tu rampes lentement sur ta branche... Etre immonde
Et splendide à la fois, Je t'aime ; l'Eternel nous jeta dans le monde
Sous de communes lois !
Comme nous tu t'en vas, tu travailles, tu manges ;
Et sur ce globe froid, Affamés, lourds d'instincts, hideux et beaux, étranges,
Nous rampons comme toi.
Mais homme et ver, avons, malgré nos turpitudes,
Le même grand destin :
A l'affligeante nuit de nos décrépitudes
Succède un clair matin !
Une heure vient pour nous où la prison se vide,
Où crevant le haillon, S'envolent du cadavre et de la chrysalide
L'âme et le papillon I