‹ Les Chants secretsChapitre 48 sur 51 · OSCILLATIONS · texte numérisé non relu

OSCILLATIONS

Dans mes mauvaises nuits, quand le chagrin, la fièvre Et mes nerfs douloureux tiennent mes yeux ouverts, De mon cœur contracté montent jusqu'à ma lèvre De rauques désespoirs et des dégoûts amers.

Je me sens écrasé sous ton mystère, ô Vie ! Je me sens, pénétré d'un morbide frisson, Une épave béante, effarée, asservie, Et je ne vois qu'horreur dans les choses qui sont.

Le monde m'apparaît vide de conscience.

Grouillement infini de rouages hideux Qui tournent dans une âpre et tranquille démence. Entraînant et broyant tout ce qui tombe en eux.

Et dans la nuit sinistre où ma plainte s'exhale. Je crois sentir, saisi dans des griffes d'étau, Les dents de la machine atroce et colossale Qui déchirent mon cœur et rongent mon cerveau.

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Et pourtant, tristes nuits de fièvre et de hantise,

Nuits de révolte sourde et de sombres serments,

^ue se lève après vous un gai matin qui luise,

Mon deuil tomoe et mon cœur s'ouvre aux ravissements !

La terre m'apparaît divine, harmonieuse, Je souris aux rayons qui dorent les chemins, Aux saules caressant la rivière soyeuse. Aux rumeurs du réveil dans les gîtes humains.

J'ai confiance ; en moi montent des énergies, Des vagues de bonheur, de joie et de santé ; L'espoir me montre au loin d'éclatantes magies. Et je dresse le front devant l'immensité.

Et dans le doux matin plein de fraîche lumière. Il me semble que flotte un chant mystérieux Et que je sens l'amour de la nature entière M'étreindre ; et son baiser me fait fermer les yeux !

Telle est mon âme. Ainsi qu'une fiévreuse aiguille Qui s'agite entre deux despotiques aimants, Elle, sans s'apaiser, fantasquement vacille Entre le désespoir et les enivrements.

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