LETTRE A L'AMI DANS LA TRANCHÉE
A Georges Bonnet.
Dans Paris que me rend la fortune changeante, Je marche... O doux Paris qu'Attila menaçait ! Mais je vais en aveugle : au creux de mon gousset Votre adorable lettre est là qui me tourmente.
Oh ! votre lettre vraie, héroïque et charmante ! En un bourg que l'obus parfois éclaboussait, Vous polissiez des vers et relisiez Musset... La muse de Rostand dans ma mémoire chante !
Et me peignant vos nuits : la plaine aux vents glacés, Arras noir, vos travaux hardis loin des fossés, La frissonnante horreur de l'horizon de givre,
J'évoque dans ces lieux qu'il parcourut souvent, Regardant en vos cœurs son Panache survivre, L'ombre de Cyrano qui passe, en approuvant.
Décembre 1914.