I>H MATIN
Cro
Non, ce pur, ce voyant, cet homme n’est pas né Pour être par la plèbe immonde couronné.
Pour se servir du glaive et vêtir la cuirasse.
L’Empire des grands jours du ciel tombe et s’efface.
Notre obscure mémoire a peur des saints lauriers,
O Banville, ô Ronsard ! la lyre est étouffée.
Vos fils ne savent plus le nom divin d’Orphée,
Rien ne délivrera les. peuples prisonniers.
Nul ne ramènera dans la ville en désordre Le chariot sacré des servantes du ciel,
Les frelons sont repus, ils rient, gorgés de miel,
Je suis seul à pleurer la majesté de l’Ordre...
Porté par les flots noirs d’un peuple déchaîné.
Pour devenir la Voix de cette populace,
O profondes forêts! non, je n’étais pas né.
Et si pour retrouver la beauté de ma race J’ai voulu, jeune encor, me mêler aux soldats.
Partager leur pain bis et coucher sous leur tente,
Certes,' ce n’était pas par amour des combats,
Ni pour voir se poser la Victoire éclatante Sur les drapeaux troués des régiments épars.
Au fond de ma pensée encore abâtardie Je ne te portais pas alors, France agrandie,
0 Revanche ! rumeurs épiques des départs,
Si j'ai voulu rêver à l’ombre des remparts,
O sainte discipline, ô sœur des nobles arts.
Si depuis j’ai suivi ta règle étroite et dure.
C’est qu’amoureux des lois, le chant est ma mesure.
Je ne veux pas livrer mon être aux vains hasards.
Si du rude métier j’ai pris mes justes parts.
C’était pour maîtriser une âme impatiente,
Pour mater une chair en proie à ses désirs,
Faisant, des durs travaux des camps, les seuls plaisirs Dont mon cœur pût parler à ma raison contente.
Je suis parti. Le vent soufflait dans les drapeaux.
Les canons soulevaient la poussière des plaines.
Nous marchions en chantant dans l’herbe des ruisseaux, Des cavaliers dormaient à l’ombre des fontaines. Au-dessus des soldats, juchés sur leurs chevaux.
Botte à botte, l’œil vif, causaient les capitaines.
Un lourd soleil d’été pesait sur les moissons,
La lisière des bois se moirait de frissons.
Et quand le régiment passait, blanc de poussière.
Nous voyions les vieillards, sur le seuil des maisons,
Ou rêvant, appuyés aux murs d’un cimetière,
Se lever à demi pour chercher dans nos rangs L’image des travaux où chantaient leurs vingt ans.
Et la bouche sans dents de ces vieux vétérans Murmurait le refrain d’une chanson guerrière.
O longs jours ! J’ai dormi, le front sur un rocher.
Les pieds saignants, la gorge en feu, j’ai dû marcher !
LK MATIN
Blanche auberge entrevue, ô raisins sur la nappe,
0 rêves qui berciez la longueur de l’étape, Sommeils dont un clairon venait nous arracher! Dans ma chair je gardais la marque des courroies. Mais aussi dans mon cœur je sentais s’épancher La vertu de l’effort et ses viriles joies.
Nous cueillions en passant des rameaux d’olivier, Et l’aigle du devoir, dans mon sang prisonnier. Sentait pousser en moi son aile, et so dain ivre S’envolait en plein ciel dans le bonheur de vivre. Beauté du pain coupé, verte fraîcheur des puits,
O villages, douceur des rivières, depuis
Je vous aime, et je sais à quoi servent les choses ;
Le travail m’a donné le sens de la Splendeur,
De Pair de mon pays j’ai su nourrir mon cœur,
Je me souviens des blés que le soir faisait roses, Des paysages pleins d’une sainte vigueur.
Et je revois encore une enfant sous les roses D’une riche terrasse, aux portes d’un faubourg, Douce Muse attendrie à voir mon sac trop lourd. Me jeter une fleur d’un sourire suivie Et devenir ainsi, dans ce geste d’amour.
Le symbole accueillant de ma nouvelle vie.
Vie ardente ! Soleils nouveaux !
O cœurs pleins de chansons épiques !
Dans le foisonnement des piques Claquement d’ailes des drapeaux!
Rumeurs des bataillons farouches Qui partent dans l’aube, laissant Sur les chemins l’odeur du sang Et des cadavres pleins de mouches !
Canons, chevaux, ô caissons lourds, Fauchant Therbe, broyant les pierres, Cuirasses d’or, fauves crinières.
Vous êtes mes fortes amours.