IJ-: MATIN
Je vous ai vus, dans la tempête Des grands assauts crevant les tours, Poussant au ciel, noir de vautours, Votre effroyable chant de fête.
Les murs croulent. Les entreponts Des vaisseaux ruissellent. Les rames Flottent sur Peau. Les hautes flammes Lèchent les arches des grands ponts.
Autour des hampes sans bannières Se rallient les fuyards épars.
Les obus fendent les remparts Et labourent les cimetières.]
Les femmes fuient. Les cris d’horreur Se mêlent aux rires farouches.
La Peur cruelle mord les bouches,
La Gloire fauche avec fureur.
Mais soudain sur quelque colline Éclate un cri, chante un clairon.
Sur les blessés tendant leur front La Victoire lente s’incline.
Et tout un peuple glorieux Sent passer dans ses oriüammes Le grand souffle, le vent des âmes Qui vont se perdre dans lescieux...
Et maintenant le jour qui baisse Descend des cimes lentement.
La mer flamboie un long moment.
L'air du soir est une caresse.
On entend murmurer les eaux Sous les arbres de la montagne.
La lune baigne la campagne.
Dans Tombre, broutent des chevaux.
La nuit est pleine de fumées,
Et les morts mêlés aux vivants Le même rêve dans les vents Voit s’endormir les deux armées.