LE TEMPLE
La maison du bonheur est au bord de la route, Elle s’ouvre au soleil sous les arbres épais;
Pour chasser de son cœur les cris de la déroute, La race y songe aux jours de victoire et de paix.
Les triomphes anciens sur la large muraille Se déroulent, mêlant les guerriers aux moissons, Aux portes des cités tout un peuple travaille,
On voit des dieux bouviers et des anges maçons.
Le peintre a retrouvé les soirs de PÉnéide, Mais au lieu de Didon, maîtresse des travaux. Parmi les ouvriers, dans sa robe splendide. Caressant de la main la croupe des chevaux,
Belle comme une mère et comme une déesse. C’est une autre qui passe au milieu des soldats... O rêveur, tu sentis sur ton front sa caresse, Lorsque devant ce mur longtemps tu t’accoudas.
Entre. Dans la maison la même reine habite.
Du milieu des drapeaux elle te tend les bras.
Si ton cœur est gonflé, si ton sang bat plus vite. Entre. Dans son palais tu la reconnaîtras.
Sur le trône des lois, dans l’encens de l’Église, Dans la plus haute salle, au cœur de la maison, Ranimant le foyer, la Vestale est assise :
C’est elle, la Beauté, l’ordre de ta raison.
Tes pères en chantant jadis sont morts pour elle. C’est d’elle que sont nés les meilleurs de leurs fils, Elle meurt chaque jour pour renaître plus belle... Le jardin est un champ de lauriers et de lys.
Tu n’as pu trop longtemps rester en sa présence, Mais tu n’oublieras plus la beauté de son front,
Et lorsque fatigué sur les chemins de France, Frère, tu songeras à la noble maison.
LK MATIN
Tu n’auras qu’à t’asseoir sur quelques vieilles pierres, En murmurant son nom sans tristesse et sans peur, Tu n’auras qu’à fermer doucement les paupières.
Tu la retrouveras vivante dans ton cœur.
Xous entrons dans la grande vigne.
Couronnons-nous de pampres roux, Puisque malgré le siècle indigne Tous les ceps ont fleuri pour nous.
La grande vigne des ancêtres Qu’un héros seul peut vendanger Voit aujourd’hui, mêlés aux maîtres.
Rire l’esclave et l’étranger.
Les lourds raisins, sous les platanes, Au lieu de nourrir le pressoir,
Sur la nappe des courtisanes Roulent, aux débauches du soir.
LK MATIN
Les dieux de la démago^de,
Sourds et grossiers, mangent entre eux; Pas un aède dans Forgie,
Ne vient troubler ces malheureux.
Ils sont forts de leur inconscience.
Ils ne songent qu’à mieux jouir.
Ils n’ont pas la sainte patience Qui prépare un bel avenir.
Les étoiles indifférentes Au ciel ne montent plus pour eux, En vain le bruit des eaux courantes Fuit au cœur des bois ténébreux.
Ils s'endorment dans leur folie; Leurs seTrvantes essuient leur fard.
Une immense mélancolie Tombe sur les bassins du parc.
Tout un peuple affamé contemple Sur les terrasses le festin,
Et les vantaux fermés du temple Ne s’ouvriront qu’au grand matin.
Le matin de la délivrance Est en marche dans l’infini.
Fleurissez, vignobles de France l Le siècle d’opprobre est fini.
Hier une brusque tempête Éteignit les derniers Üambeaux, L’orgie a peur, la race est prête,
Les lauriers sortent des tombeaux.
Dans la vigne de notre race Les ceps sont en fleurs, égorgeons Les porchers de la populace,
Les raisins sont mûrs, vendangeons.