‹ Les chants séculairesChapitre 27 sur 62 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

La Justice et la Volupté

Tour à tour façonnent nos âmes.

Les grands pins sur la mer en flammes Boivent la vie et la clarté.

Tu portes dans ton âme pure L’autel d’or de la Volupté.

Les grands pins dans le ciel d été Épandent un grave murmure*

Dans mon âme éprise de toi La Justice est ta sœur pensive.

Les grands pins, quand 1 hiver arrive. Sont encor verts sur notre toit.

MIDI

Et comme eux notre amour, Delpliique, Ne connaîtra jamais d’hiver.

Les grands pins jettent sur la mer Une ombre tiède et pacifique.

Tu regardais la mer... Couché sur la falaise,

Je te voyais debout au bord de la fournaise Où brûlaient, au-dessus des flots, les rocs épars.

Pas un souffle. Les pins craquaient. De toutes parts Un soleil dévorant s’abattait sur les choses.

Et toi, qui respirais une touffe de roses, Distraitement, sur les rochers tu Peffeuillas...

On voyait sous les pins scintiller les villas.

L’herbe sèche cherchait l’ombre maigre des branches Et le sable enflammé buvait les vagues blanches.

Rien ne pouvait subir la fureur de l’éther.

Tout dormait. Et toi seule, au-dessus de la mer.

Tu te dressais, sauvage, avec ta chevelure A moitié déroulée, et tendant ta figure

MIDI

Aux rayons enflammés de l’astre, tu parus Un moment, tant l’air chaud tremblait sur tes bras nus, Être l’autel vivant de Tardent paysage.

Et je voyais la mer adorer ton visage.

Dans le vent de la mer les plaines sont heureuses, D’ardents bouquets de pins couronnent les coteaux. Sur le bord des routes poudreuses Dans l’herbe dorment les troupeaux.

Je suis parti, laissant dans la chambre endormie Delpbique sommeiller, j’ai pris le chemin creux. Mon âme avait besoin dans la nature amie De répandre sa joie et ses sanglots heureux.

O mon Dieu, ciel profond, beaux arbres, riche terre. Je ne pouvais sans vous supporter mon bonheur.

Mon âme loin de vous se sentait solitaire.

Vous seuls fortifiez ma pensée et mon cœur.

MIDI

Pour que je puisse aimer d’un amour magnifique La vierge ardente en qui vous vous transfigurez — La nature, c’est toi, c’est ton rêve, Delphiqueî — Je viens vous retrouver, ô vous qui m’inspirez.

Je ne ais si c’est elle ou si c’est vous qu’adore Mon cœur lyrique à l’heure où s’éveillent les blés.

La campagne à l’aube se dore Comme au fond du grand lit ses cheveux déroulés.

Ah! prêtez-moi l’ardeur de vos roches brûlantes. Donnez-moi la fraîcheur des sources sous les bois. Autour des meules d’or tournent les ombres lentes, Le crépuscule tiède est plein de belles voix.

Je veux, comme le jour qui descend des collines. Entrer dans les grands yeux de mon amie en pleurs. Autour des puits les aubépines Ont secoué leur âme en fleurs.

Je veux envelopper d’une longue caresse Son cœur entre mes bras éveillé lentement.

Sur les champs une immense ivresse Mêle la terre au firmament.

Et maintenant le soir tombe avec le silence.

O ma vieille maison, je retourne vers toi.

Les chênes se sont tus dans la nuit qui commence, Mais le blanc crépuscule est ardent comme moi.

Un moment je m’arrête au seuil de la tonnelle. Je jette un long regard sur le large horizon.

Et mon cœur plus aimant dans sa force nouvelle, Heureux, j’entre dans ma maison.

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