‹ Les chants séculairesChapitre 29 sur 62 · XIJ · texte numérisé non relu

XIJ

Gomme tu le voulais, nous avons vu la mer.

MIDI

0 soir unique... Après cette chaude journée,

Nous regardions, penchés au vieux balcon de fer,

Au pied de la terrasse à moitié ruinée,

La ténébreuse mer, à travers les pins noirs,

Luire parfois... Aïeule, ô Méditerranée,

Comme on comprend ta voix dans la paix des longs soirs! Durant toute une nuit nos âmes t’entendirent.

La lune vint, la mer, les gouffres resplendirent.

Un navire passa dans la pleine clarté.

Nous crûmes un moment qu’au bord flottant des îles Diane, cœur épars de cette nuit d’été.

Couchait sur les flots blancs son corps ressuscité.

Les rossignols, perdus dans les noires charmilles. Mettaient parfois au cœur des grands arbres tranquilles Comme au fond de nos cœurs un amoureux frisson.

Les astres, lentement,' enchaînaient ta raison A la beauté du ciel, de la nuit et des vagues.

Large et pleine, la lune éblouissait l’éther Et dans l’ombre faisait étinceler tes bagues...

Notre enfant sera doux et fort comme la mer.

0 corps de Thomme, en toi le monde se modèle, Tu portes sous ton front les lois de Tunivers,

La nature revit dans ton esprit fidèle,

La beauté de la terre emplit tes sens ouverts. L’instinct au fond de toi traîne son crépuscule. Mais constamment, ainsi que l’aube sur les mers. Afin qu’un sang plus sûr dans tes veines circule, Aux sommets de ton être éclate la raison,

Et Dieu passe avec toi le seuil de ta maison.

O mon fils, tu seras pareil à moi. De sages,

De tranquilles besoins façonneront ton cœur.

J’ai longtemps contemplé les mêmes paysages. J’ai conformé ma vie à d’antiques usages,

Mais je suis l’artisan de mon propre bonheur.

Comme un fruit, comme moi, mûris avec lenteur. D’un sang robuste et pur tu fais ta nourriture.

Tu tournes vers le jour déjà ta chair obscure,

Ta mère, ivre de toi, te sent vivre, et parfois J’écoute s’éveiller et chanter au fond d’elle Tout le chœur immortel de tes futures lois.

MIDI

üéjà selon ton front Funivers se modèle.

XÏV

« Ah! le monde est semblable à Fbomme, m’as-tu dit. » Et je t’ai répondu : « L’amour est le seul maître.

Pour te bénir le ciel se penche, il resplendit Immense, tout entier courbé vers ta fenêtre,

Chaque matin, quand lasse encore, à ton réveil.

Tu laisses, tout pesant de ce dieu qui va naître,

Mûrir ton ventre heureux aux baisers du soleil. »

« La terre, m’as-tu dit, est pareille à ma joie. Mon sang est plein du fils que le ciel nous envoie. Au-devant de ce fils tout mon cœur s’est jeté.

O sol sacré, je sais pour quel dieu tu travailles. Je sais par quel amour le monde est emporté. Rien ne meurt, tout retourne à Punique clarté, Un nouvel univers naît de nos funérailles.

O terre, qu’il est beau le fruit de nos entrailles. Parfume de tes dons tout mon corps plein de toi Comme les pins fleuris embaument notre toit. »

CHANTS SÉCÜLAIRES

J’ai répondu : « La race attend. Ta chair est prête. Le ciel devant tes yeux chaque jour s’agrandit,

Tu sens peser le monde du-dessus de ta tête. »

« Un enfant est plus lourd que le ciel, m’as-tu dit. »

Aix s’endort chaque soir aux pieds de la Victoire, Le ciel avec lenteur sur la ville descend Et dans l’air flotte alors un peu de cette histoire Qu’au front des vieux hôtels un blason qui se fend Révèle aux amoureux des gloires disparues.

De la vulgarité ta douceur te défend,

O ville ! l’herbe pousse aux pavés de tes rues. Dante, sur ces pavés, et des rois ont marché.

Et moi, de ce coteau, dans les herbes couché.

Sous un bouquet de pins, quand l’air en feu hrasille, Comme une urne brisée au pied d’un large autel,

Je regarde au soleil fumer la vieille ville.

Aix m’apparaît avec son visage immortel,

Sous ces pierres je sèns battrë son cœur réel,

MIDI

0 cité, ton présent sans splendeur fabandonne Et de ses mains de feu le soleil te couronne.

Et comme je te veux, ô ville, tu deviens.

Mais, les flancs alourdis du poids de notre gloire, Vers moi, dans les rochers, parmi les buis, tuviens^ Femme, et j’embrasse en toi la ville et la Victoire.

Emplis tes yeux du jour sacré de ce pays.

Regarde... plénitude heureuse, calme immense,

Les champs, pleins de lauriers, les ruisseaux, pleins de lys. S’étendent à tes pieds dans un divin silence Qu’écoutent avec nous les ancêtres défunts.

Ils sont heureux... en toi leur race recommence.

La plaine dans tes hras jette un flot de parfums,

O mère, dans tes yeux la lumière commence,

Et je suis là, j’attends, tout mon cœur fait silence Pour écouter le cri que va pousser ton cœur.

Tu jetteras le cri douloureux de la bête,

Souffrant de ta souffrance, heureux de ton bonheur,

Tu laisseras mes mains étancher ta sueur.

O Résurrection! Éveil! Le monde en fête

Tournera devant toi, roulera dans ta tête,

Ton ventre s’ouvrira, tu verras Dieu grandir.

Tu verras dans mes mains notre enfant resplendir, Et la vie à grands flots battra ta chair meurtrie.

Ruisseaux, rochers, lauriers, arbres épanouis,

O maison du bonheur, terre de la patrie,

Emplis tes yeux de la beauté de ce pays.

XYII

On disait la race morte...

Mais à tout le jour du ciel La maison ouvre sa porte, La ruche est pleine de miel

L’Été roule des montagnes Avec les torrents gonflés.

On entend dans les campagnes Ruisseler Tâme des blé^

MIDI

Pour la future bataille,

O pain des forts, tu mûris.

C’est l’avenir qui travaille Dans le peuple des épis.

Nous pouvons lever la tête,

Nous pouvons tendre nos vers Comme la coupe de fête Où vient boire l’univers.

On disait la France morte^

Et pourtant jamais, mon Dieu,

Je n’ai vu race si forte Marcher sous ton grand ciel bleu.

Un soupir gonfle ta gorge,

O femme, les temps sont beaux.

L’aire, la grange regorge.

Les fleurs sortent des tombeaux,

Et toute la sève abonde Dans le chêne triomphant.

Tu le sais, il vient. Le monde Tient dans les yeux d’un enfant.

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