LA GLOIRE DE MARSEILLE
En face de la mer qui t’abreuve de gloire Et des larges chemins d’Afrique et d’Orient,
Tu descends en chantant les rocs du promontoire Pour piller les vergers de ton port souriant.
Dans l’humide forêt des mâts et des carènes Tous les longs souvenirs du voyage ont leurs nids, Et rêves du Puget! de puissantes sirènes Percent tes lourds vaisseaux entre leurs bras unis.
Tes maisons, que les vents du large transfigurent, Sous leurs balcons dorés boivent la paix des soirs, Et tes blonds entrepôts que les matins azürent Flambent, dans le couchant, comme des reposoirs.
MIDI
Richesse, voluptés ! ô greniers d’abondance ! Dans les parfums errants hennissenj; les chevaux, Aphrodite et Gérés, aux portes de la France,
Sur les mêmes autels unissent leurs travaux.
Foulant Tardent tapis de tes places publiques Sur les sacs éventrés bondissent les Plaisirs,
On marche dans le bruit des cités prolifiques, Rien ne peut détourner le cœur de ses désirs.
Avalanche de grains, bijoux des courtisanes!
Les rustres du pays passent, les bras levés.
Sur les dalles de marbre, à l’ombre de platanes. Ruissellent les froments des entreponts crevés,
Et pour mieux s’enivrer de la beauté des hommes En respirant l’odeur de ces quais en sueur Les filles, dédaignant les vieillards économes,
Y traînent les brocarts de leur neuve splendeur.
Là-bas, Gênes, Venise, Alger, tes sœurs jalouses, S’endorment au soleil qui t’aime et . te défend,
Car c’est toi, ville d’or, que parmi ses épouses 11 sacre d’un baiser plus large et triomphant.
Nous avons assisté, dans le mois des semailles,
Venus de tous les coins de la Provence en feu.
En face de la mer, aux saintes fiançailles,
L’Esprit est descendu de son grand palais bleu.
Et plus tard, quand vers toi les chars gorgés de gerbes Portèrent le tribut de nos justes moissons.
Nous avons deviné sous tes hanches superbes Le poids d’amour, le fruit de plus célestes dons.
L’avenir en sommeil dans tes chairs éclatantes Gonfle déjà tes seins d’un appétit nouveau,
C’est de toi, c’est de toi que les races contentes Verront sortir leur roi, jeune, impudique et beau.
Il ira, sans pudeur il foulera la terre,
U conquerra le monde en montrant son bras nu. Et dans tant de lumière et dans tant de mystère Qu’on te reconnaîtra, bel Amour revenu.
Et toi, comme la ruche, au bord des mers errantes. Sous ta tente d’azur, sur ton lit de laurier,
Mère, tu fermeras tes paupières puissantes.
Sûre que tes enfants ne peuvent t’oublier.
MIDI
Et dans le bruit que font les vagues et les hommes^ Ouverte aux vents du Sud qui font germer le sel, Marseille, ruche d’or au cœur des bleus royaumes. Tu dormiras, heureuse, à la face du ciel.
Dans les bras de la mer dorée Midi sommeille, Fair est lourd.
Gomme tes yeux, mon adorée.
Le ciel est imprégné d’amour.
Et pour nous voici qu’à Forée Des forêts profondes du jour Les dieux s’éveillent tour à tour Dans les bras de la mer dorée.
La voile se gonfle au soleil,
La barque est toute parfumée.
C’est à toi que dans leur sommeil Les dieux songeaient, ma bien-aimée.
MIDI
Apollon d’un rire vermeil Secouait la mer enflammée,
La bérque est pleine de soleil,
Notre voile est toute embaumée.
Viens dans mes bras, l’air resplendit.
C’est ton rêve qui recommence,
Après Tardent après-midi Viennent l’extase et le silence.
La mer heureuse s’attiédit Aux parfums que la nuit balance,
La barque est pleine de silence, Viens dans mes bras, l’air resplendit.