LA GUÉRISON
Dans le beau filet d’or des astres qui s’allume Au-dessus de la mer qui fume Le soir jette le jour mourant,
Le cadavre divin sur les roches saignantes
Voit s’accrocher ses mains traînantes Aux herbes noires du torrent.
Viens. Les rosiers blessés t’attendent. C’est toi seule Qui pensive comme une aïeule Et candide comme une enfant Peux murmurer les mots de ma mélancolie. Au-dessus des morts qu’on oublie La pierre des tombeaux se fend.
Nous sommes seuls peut-être à songer à ces choses; Le cimetière est plein de roses,
La lune enchante les cyprès.
LE COUCHANT
Un jour, un jour encor qui tombe sur la route, Rien n’est venu, personne, écoute...
L’ombre des morts est sur les prés.
Dans le golfe allumé la ville chante et brille,
A présent sur la mer tranquille Rêvent les anges du sommeil.
Je suis seul à songer à la terre meurtrie.
Aux lauriers morts de la patrie, —
Viens, ton cœur au mien est pareil.
Un soir comme celui que nous sentons ramène,
O ma sœur, la détresse humaine Au fond même de notre amour.
Tous ces enfants joyeux qui jouaient sur les gerbes, Ces couples couchés dans les herbes.
Se hâtaient de jouir du jour.
Nous, nous n’écoutons pas la voix de la nature.
Pour cicatriser la blessure.
Que sont vos fleurs, vertes saisons?
Ah ! viens ! quand viendras-tu, heureux printemps de France? Jusqu’au jour de la délivrance Les morts habitent nos maisons.