BEAUTÉ D’HÉLÈNE
Un torrent d’hommes dans mon sang Répond à l’appel de n\pn âme Et tout un peuple frémissant Secoue en moi sa large flamme.
Puisqu'il le faut, je conquerrai La vieille terre des ancêtres, Dans la forêt je taillerai Le sceptre qui refait les êtres.
Puisqu’on réveille en les toucHant Les morts couchés au pied des ormes, Donne-moi le sceptre du chant, Révèle-moi l’ordre des formes.
LE COUCHANT
Là-bas, où les sources d’été Ruissellent parmi les pervenches, ïu ris et mêles ta beauté Au chœur des futures Revanches.
Pour m'emmener jusqu’à ton seuil Le printemps court parmi les frênes, Légers bonds du jeune chevreuil,
O vieux rameaux tombants des chênes !
Un torrent d’hommes dans mon cœur Devant ton seuil se précipite.
Tu couronnes le faon vainqueur,
Et notre histoire ressuscite.
Tout mon lyrisme dans ta main N’est qu’un grand lys qui se consume Et vers les autels de demain Comme un encens la forêt fume.
Sous les branches de la forêt,
O mon Hélène, les druides Coupent encor le gui sacre'.
Et le long des fl^ves limpides,
Semés déjà dans les grands vents Par les anges de Ja patrie,
Les clochers gardent les couvents Comme les ruches la prairie.
Plante la vigne des ravins,
Sème le blé, pare-toi toute,
Vieille France des échevins.
Saint Denys te montre la route.
Un torrent d’hommes dans mon sang Descend les routes d’Italie,
O Delphique, un été puissant Enivre ta mélancolie.
La ferveur et la nudité Reviennent avec nos armées.
Elles ramènent la Beauté Par les grandes routes charmées.
Les toitures d’azAir et d’or Illuminent la forêt noire, l.’auhe éveille l’enfant qui dort Dans les frais jardins de la Loire.
LE COUCHANT
Elle s’éveille, elle sourit,
Et les jours de la Renaissance Chantent ce que Ronsard écrit A l’ombre des lauriers de France.
Comme Ronsard je chanterai Les grands hymnes de la patrie,
A tes genoux je jetterai
Les destins que mon sang charrie.
Un torrent d’hommes dans mon cœur Ressuscite la France antique,
Je t’aime de tout leur bonheur,
O mon pays, ô ma Delphique.