‹ Les chants séculairesChapitre 45 sur 62 · DIANE DE POITIERS · texte numérisé non relu

DIANE DE POITIERS

Dans ton grand lit de pourpre aux colonnes tordues Tu dors, l’esprit peuplé d’images défendues.

Vierge' ardente, qu’attend un amour triomphant.

Les paysages bleus de tes tapisseries Où mollement Léda du cygne se défend,

Le soir, en t’endormant, bercent tes rêveries.

Et ce matin, voici que ton sommeil d’enfant.

Dans un songe emportant ton âme émerveillée. T’évoque aux bras d’un dieu par l’amour éveillée, Dans un bois de l’Olympe, au pied d’un rocher d’or...

Une dernière étoile au levant luit encor.

Le matin d’un beau jour erre sous la feuillée.

Il a plu, mais partout, dans la forêt mouillée.

Les daims fuient; dans le vent traîne la voix du cor.

Sur la route, au galop, la cavalcade passe.

Et malgré les valets, aboyant à la chasse Les chiens en bondissant s’échappent du chenil. Candide volupté d’un frais matin d’avril,

Longs murmures, éveil des bassins et des branches! Tu rêves, le corps nu sur un lit de pervenches, ' Sous un chêne, appuyée à de tièdes coussins,

0 Diane, la mousse est pleine de rosée,

Sur les lys entr’ouverts l’abeille s’est posée,

Dans le gazon en fleurs bourdonnent les essaims. Derrière toi, ses yeux caressant tes beaux seins.

Un grand cerf songe, un chien lèche la peau rosée De tes jambes ; et toi, longue et fine, rêvant Au bal de Uautre nuit, tu sens dans ta pensée Se lever, comme l’aube au bord du bois mouvant, Le visage du roi caressé par le vent...

Et c’est ainsi qu’un jour dans le marbre, ô Diane, Coujon te couchera comme sur un grand lit. Immortelle, voluptueuse, diaphane,

Jouissant à jamais de ton rêve accompli.

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