‹ Les chants séculairesChapitre 47 sur 62 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

Le crépuscule lentement Descend sur ma petite ville.

Sous les feuilles, un long moment,

L’eau des vieilles fontaines brille.

C’est l’heure, au pied des vieux remparts, Quand l’angélus sonne aux églises,

Où sous les pins des boulevards Les ménagères sont assises.

Alors^ dans les derniers rayons Empourprant le mur des usines.

Le lourd marteau des forgerons Répond au rire des voisines.

Mais tous les bruits sont étouffés Par le charme de la soirée.

Sur la terrasse des cafés Tombe l’ombre lente et dorée.

Les grands platanes, sur le cours, Parlent entre eux des gens qui passent. Les jets d’eau meurent dans les cours.

Dans l’ombre les balcons s’effacent.

Sur la mousse des murs vieillis Les marronniers traînent leurs branches.

Et les clédas à fleurs de lys Fleurissent les façades blanches.

Le bon Dieu dore le blason Des hôtels qui lui sont fidèles.

Mais moi, le toit de ma maison Est tout plein de nids d’hirondelles.

Le soir tombe sur les jardins, Les boutiquiers mélancoliques A leurs vieux rêves citadins Mêlent de vertes bucoliques.

LE COUCHANT

Mille parfums traînent épars,

Le vent caresse la campagne.

On peut voir du pied des remparts Le couchant rosir la montagne.

Des chèvres courent dans les prés, Les journaliers gagnent la ville.

Sous les rosiers et les cyprès Là-bas rôde T Amour tranquille.

Vénus se montre à l’horizon.

La campagne est pleine de brume. ' La nuit vient. Dans chaque maison Une étoile, un flambeau s’allume.

Le clair de lune lentement Fait le tour de chaque charmille, Les jardins tremblent, par moment Une statue, un jet d’eau brille...

Et sur la place du Marché La nuit est à ce point sereine Qu’on voit au pied du vieux clocher La lune boire à la fontaine.

A Lours A...

Vous m’avez dit : « Le soir, lorsque après tout un jour De chicane, affamé de lumière et d’amour,

De mes tristes papiers je lève ma figure,

Quand, jetant dans un coin toute la procédure.

Je laisse mes plaideurs se déchirer entre eux,

Un moment, m’échappant de mes cartons poudreux, Gomme un convalescent qui pousse sa croisée J’ouvre enfin votre livre et je lis... O rosée,

O souffles du matin, longs murmures heureux.

Vers mon cœur, à flots d’or, de tous les chemins creux Viennent les dieux errants de la verte campagne.

Le chant des chevriers cachés dans la montagne Répond à la chanson des bûcherons voisins.

Le vent, à large houle, au fond des bois de pins Emporte les reflets de l’étang et des plaines.

De Pan et de Vénus s’endorment les haleines.

LE COUCHANT

Le silence attiédi frôle à peine les lys.

Je vais à pas rêveurs à travers un pays

Calme et pur, où la nuit descend sur les platanes,

Et si bleu, qu’on croirait que Puvis de Chavannes En peint la fresque auguste au mur tremblant du soir. Et vous-même, ô poëte, il me semble vous voir Causant sous les lauriers avec Tombre du maître...

O poëme!... et voici qu’au bord de ma fenêtre Le crépuscule est plein de rayons et d’oiseaux.

Je regarde la rue avec des yeux nouveaux.

Et les mots que j’ai lus s’envolant de mon livre. Autour de moi, dans l’ombre, ils me semblent revivre. Et je vois les maisons, comme si je rêvais,

Prolonger la beauté des vers inachevés... »

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