‹ Les chants séculairesChapitre 5 sur 62 · NICOLAS POUSSIN · texte numérisé non relu

NICOLAS POUSSIN

Poussin, je pense à toi, je revois PArcadie,

Je songe aux bleus coteaux d’un pays radieux. Sous les grands pins épars erre la mélodie Des antiques matins visités par les dieux.

L’aube vient lentement sur la plaine agrandie.

Et pareille à ton cœur, ô grand peintre pieux.

Des montagnes descend la lumière attendrie,

Et ta jeune raison marche sur la prairie Avec les pas légers des rayons et du vent.

La plaine a la beauté de quelque noble ouvrage,

Et l’on croit feuilleter avec le paysage Les pages de clarté d’un grand livre vivant.

C’est là, près de ces monts et de cette prairie.

Au bord de Peau courante et sous ce ciel mouvant. Que s’est ouverte en toi Pâme de la patrie

Et que, pour éveiller notre pays qui dort,

Sous ces arbres baignés d’austère rêverie Tu peignis les bergers d’un nouvel âge d’or.

O trop noble idéal, impuissante Arcadie !

Tu n’as pu réveiller la terre refroidie.

Au fond de tes sillons le blé sommeille encor. Tes fils n’ont pas compris la leçon de lumière. Et sans souci de; toi leur âme coutumière Vers leur dernière nuit suit le même chemin... Je revois l’Arcadie et songe à toi, Poussin.

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