RENÉ DESCARTES
En philosophe, en gentilhomme, Servant dans les troupes du Roi, Par les chemins, fredonnant comme Les vétérans autour de toi,
Distraitement frôlant la roue De quelque chariot branlant, Sans voir le soleil ni la boue, Sous la pluie ou Pair accablant.
A ton cheval lâchant les brides Tu suivais Parmée en rêvant;
Les bois luisaient, de belles rides Creusaient les fleuves sous le vent.
Pour tromper Tennui de l’e'tape Les soldats chantent; des maisons La rumeur des métiers s’échappe,
Et du fond des grands horizons
La blanche troupe des nuages Suit Tarmée avec nonchaloir;
Pour ennoblir les paysages,
Des villes fument dans le soir.
Les flaques trempent les ornières;
Des femmes lavent sous un pont,
Et le claquement des bannières Au bruit sourd des battoirs répond.
Le matin, levé dès l’aurore.
Entonnant un refrain gaillard.
Le régiment partait encore ;
Des vieux sacraient dans le brouillard
Le long des prés, blancs de rosée.
L’air embaumait les foins coupés ;
Et toi, dans ta lente pensée,
Dans l’ombre des noyers épais,
LE MATIN
Tu voyais se former les lignes De quelque grand matin moral;
Les grives fuyaient dans les vignes, Aux ruisseaux buvait ton cheval;
Et dans ta volonté profonde,
Tant le ciel était pur et clair,
Tu sentais que les lois du monde Montaient lucides comme Fair.
Voici les jours dorés où les ruches essaiment,
La mousse des rochers descend boire aux ruisseaux, Dans la verte rumeur des feuilles et des eaux Les sources nous sourient et les arbres nous aiment. Parfums d’avril! odeur de la pluie et du vent!
Des jours plus radieux se lèvent sur la plaine,
Et l’on voit miroiter la rivière trop pleine Dans les prés caressés par le soleil levant.
Un humide frisson passe sous la fouillée ;
Au fond des bois en fleurs s’est endormi l’hiver.
Et le matin plus tiède, aux souffles de la mer Mêle l’obscur printemps de la terre mouillée.
Tout s’éveille. A ton tour, ô mon cœur, ouvre-toi. lœs pigeons amoureux roucoulent sur le toit,
LE MATIN 21